dimanche 15 juillet 2012

"Marches et Rêves" de Jacques Lanzmann.


 

«  Partir, donc. Mais si possible à pied. Parce que au lieu de traverser les choses, on les côtoie. Parce que au lieu de croiser les gens, on les accompagne. Parce que au lieu de filer à travers le pays on file son chemin, au pas à pas, comme l’araignée tisse sa toile. Parce que le paysage qu’il soit plaine ou montagne, déprimant ou enthousiasmant, est à la fois notre prisonnier et notre geôlier.

A pied, parce que marcher c’est retrouver son instinct primitif, sa place et sa vraie position. Son équilibre mental et physique. C’est aller avec soi, sans autre recours que ses jambes et sa tête. Sans autre moteur que celui du cœur, celui du moral.

A pied parce que c’est retrouver la grâce tout en perdant sa graisse, ses préjugés. Se purifier, retourner à l’originel même si, parfois, le sable est radio actif, l’eau des glaciers polluée, la nourriture empoisonnée.

Marcher, c’est perdre peu à peu tout ce que l’on a acquis de superflu-y compris les superlatifs. C’est se mettre en question et en route dans un monde mécanisé. C’est ressentir et entendre presque aussitôt les réponses de son propre corps confronté à une nouvelle expérience. Marcher, c’est se mettre à l’écoute du corps qui n’en revient pas d’être ainsi sollicité et libéré ; Cela peut devenir jeu égoïste ou simple divertissement, selon les états d’âme…. »

Jacques LANZMANN, « Marches et Rêves », JC Lattès, septembre 1988.





Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Vos observations: