mercredi 31 octobre 2012

"Vous êtes fou!" d'Olivier Lemire, "l'esprit du chemin"!


Dans son très bel ouvrage, "l'Esprit du chemin"°, Olivier Lemire, parcourt à pied 1500 kms à travers la campagne française, entre Plaisir, en région parisienne, et Le Bonheur, dans le département du Gard, à travers des lieux "dont les toponymes donnaient un sens nouveau au déplacement, par le miracle de la métaphore". Ainsi voyage-t-il à pied et ses étapes, au nombre d'une vingtaine, ont pour nom La Vie, Le Corps, Malaise, La Foi... Le Paradis, L'Amitié, L'Esprit... La beauté, la Conscience, et enfin Le Bonheur.
Son cheminement est fait de contacts avec la Nature et avec les gens, les Gens de la campagne.

 Voici ce qu'il écrit lorsqu'il parle des effets communicatifs de sa joie et de ses sourires sur ces interlocuteurs.

" A me voir sourire de mon étrange périple, ceux à qui je le racontais ne pouvaient s'empêcher de lancer un "Vous êtes fou!" catégorique, mais je sentais dans leur remarque que quelque chose leur plaisait dans cette déraison, et qu'à ces trois mots succédaient dans leur esprit toutes sortes de souvenirs enterrés et de désirs irréalisés. Sans la joie qui m'animait, le même voyage aurait attiré la méfiance, et ma présence au fond du café aurait fait de moi au mieux un vagabond, au pire un être en perdition. Sans la bonne humeur qui m'éclairait, les souvenirs enfouis et les rêves insatisfaits de mes hôtes auraient pris la couleur grise de toutes ces choses qu’on n’a pas eu le courage de faire. Ce manque d'audace, soudain, renvoie vers ce qu’on n’aime pas en soi. Ce déficit qu'on se reproche tout à coup pointe du doigt la lâcheté et la couardise de chacun d'entre nous. Sans ma gaîté, les visages se seraient fermés, et l'on m'aurait fait payer la réalisation de mes désirs, moi qui mettais ma folie sous le nez de ceux qui, dans ce petit coin de campagne, ne demandaient rien d'autre que de vivre au jour le jour.
Le sourire, en ce début du mois de mai, sortait par ma bouche, puis s'échappait sur le visage de celles et ceux que je rencontrais, pour revenir en moi, grandi."

Le chemin favorise ainsi "l'éveil" de soi et le "réveil" de l'autre pourvu que le lien de contact entre soi et l'autre soit porté par le sourire et la joie. Vertu du partage! Le gris devient couleur lumière! Cette vertu nourrie par Olivier Lemire à travers la campagne française...  se retrouve tout autant sur les "sentes espagnoles"!
° L'Esprit du chemin, Voyage aux sources du Bonheur, éditions Transboréal,

Les blogs d'Olivier Lemire:

Ci après des photos prises sur le camino.










lundi 29 octobre 2012

La force occulte ! un poème mural à Najera, Rioja!

..."J'aime la simplicité et la franchise de ces paroles qui ne tentent pas d'expliquer, ce qui peut être est inexplicable. Comme l'élan pèlerin d'ailleurs. En témoigne, ce poème mural qui recouvre le mur d'une usine à la périphérie de Najera..."

Peregrino, quién te llama ?
Qué fuerza oculta te artrae ?

Ni las gentes del Camino,
Ni las costumbres rurales.
No es la historia y la cultura,
Ni el gallo de la Calzada
Ni el Palacio de Gaudi,
Ni el castillo Ponferrada.

Todo lo veo al pasar
Y es un gozo verlo todo
Mas la voz que a mi me llama,
La siento mucho hondo.

La fuerza que a mi me empuja,
La fuerza que a mi me artrae
No sé ni explicarla yo,
Solo El de Arriba lo sabe !"

Extrait de l’ouvrage  de José et Michel Laplane, itinéraire spirituel pour Compostelle, éditions La Table Ronde.







dimanche 28 octobre 2012

Jean Claude Bourlès:" Hasta Pronto, Señor Jacques, l'Apostol !"

… « Touchant au but, le chemin ne faisait que commencer. Je le savais au point de saluer l’Apôtre trônant au portique de la Gloire d’un retentissant Hasta pronto, Señor ! avant de m’en retourner chez moi. Ne pas tenir promesse eût été se parjurer. Je revins donc, tout simplement.
Ceci est mon histoire, mais est-elle si différente de celle de mes compagnons de chemin ? J’en doute. Sinon la lumière, la pause, ou l’illumination, que chercheraient-ils ces pelegrinos naviguant à vue sur ces chemins de vérité ? »...
Jean Claude BOURLES, Pèlerin sans Eglise, Littérature ouverte, Desclée De Brouwer.













samedi 27 octobre 2012

"Il est un sentier" fait de "paroles de sérénité", par Marc de Smedt.

« Entre le monde-esprit et le monde-matière, il est un sentier que nous parcourons comme si nous étions engourdis par le sommeil. Il soutient nos pas, mais nous n’avons pas conscience de sa force. Et lors de notre éveil, nous découvrirons que nous portons dans nos vraies mains les semences qu’il nous faudra soigneusement planter dans la bonne terre de notre vie quotidienne pour qu’elles produisent nos bonnes actions et nos plus belles paroles. S’il n’y avait pas ce sentier entre nos vies et celles qui nous ont quittés, il n’y aurait jamais eu parmi nous ni prophète, ni poète, ni génie. »
Marc de Smedt, Paroles de sérénité, Albin Michel.
Marc de Smedt ne pense surement pas au Chemin de Compostelle. Pourtant les "sentes espagnoles" ne portent-t-elles pas en puissance toutes ces semences ? 






mercredi 24 octobre 2012

L’Odyssée du petit caillou d'André WEILL, "le marchant de bonheur" !


« - S’il te plaît, emmène-moi à Jérusalem
- Hein !
- Emmène-moi à Jérusalem ! 
- Bonjour, je cherche ma terre.

- Hein ! Bonjour ! Tu cherches quoi ?

- Te voilà enfin. Je t’attendais depuis si longtemps. Je n’en peux plus de mourir tous les jours ici. Je voudrais échapper à mon destin tombal. Je voudrais quitter la gravité de ce mur. Je cherche ma terre. Je veux vivre, voir du pays, longer les rivières, traverse les frontières, déplacer les montagnes. »

C’est ainsi qu’un petit caillou coincé dans une fissure du mur des Fusillés à Auschwitz s’adresse à un homme. En cet instant, un jour de juillet 2006, le front posé sur le mur, l’homme se recueille.
La demande de ce petit caillou va de fait devenir le point de départ d’un voyage d’Auschwitz à Jérusalem.
Cet homme, le front posé sur le mur, est André WEILL, l’auteur de l’ouvrage « Le marchant de bonheur° ». Après avoir cheminé de Drancy à Auschwitz, sur la trace d’un oncle gazé le 5 juillet 1944, le voici face au mur des fusillés à Auschwitz et plus que jamais convaincu qu’il convient de continuer le chemin.
« La vie n’est faite que de départs »
 « Regarder plus loin que l’horizon pour appréhender les espaces de vie au-delà de la folie du mal. Passer outre et offrir un départ de réparation, de lumière et de liberté à tous nos frères, victimes et bourreaux, qui n’ont jamais pu quitter Auschwitz. » Ultreia !
« Je quitte la folie d’Auschwitz pour dire à nos enfants ce que nos parents n’ont jamais pu nous dire. Et je vais le dire avec mes pieds. »

Le chemin sera rage, mémoire, révolte mais surtout amour, de la part d’un pèlerin de paix.
Au terme de 3366 kms, 10 frontières traversées, 5 mois de marche, le marchant atteint le Mur des Lamentations : c’est là que le petit caillou finit son errance.
«  Je l’ai lâché au-dessus d’une petite faille, ouverte entre le mur et une dalle de verre. Je l’ai entendu rouler, quinze mètres en contrebas. Enfoui à jamais dans les entrailles de Jérusalem, il repose dans sa terre mère, au milieu de cent mille autres petits cailloux, dans les gravats qui soutiennent le temple de Salomon. »

En fermant le livre (mais peut-on réellement le fermer ?), le cheminant de l’été 2012 sur le Camino pense au geste symbolique accompli à la Cruz de Ferro, au sommet des Montes de Léon, lorsque le pèlerin, le cheminant ou le marchant dépose un caillou, symbole des scories égotistes qui recouvrent encore son corps, au pied « d’une mythique croix de fer, fichée en haut d’un mât de bois planté dans un cairn ». «  Respectant le rite antique christianisé, le pèlerin y déposera une pierre qu’il chargera dans le secret de son cœur, d’une signification personnelle : un péché trop lourd à porter, une épreuve à dépasser, un renoncement nécessaire… »°°

Il pense aussi au long voyage d’Ulysse, qui en quête de sa terre natale, Ithaque, mit 20 ans à franchir les épreuves qui lui ont été infligées. De la guerre de Troie, symbole du chaos, de la discorde, à Ithaque, symbole de l’harmonie et de la paix, son cheminement fut celui d’une vie placée sous le signe de la quête du sens et de la sagesse°°°.

Au total, des voyages ou des cheminements dominés par des questionnements relevant de l’ordre des valeurs morales et de l’ordre des valeurs spirituelles (avec ou sans Dieu).

° André WEILL « Le Marchant de bonheur », à pied d’Auschwitz à Jérusalem, Le Mercure Dauphinois, Avril 2008.
°° Guide spirituel des chemins de Saint Jacques, sous la direction de Gaële de la Brosse, Presses de la Renaissance.
°°° Voir Luc Ferry, De Homère à Platon, Collection Sagesse d’hier et d’aujourd’hui, Flammarion, Septembre 2012.
Ci après des photos de ... petits cailloux des Montes de Léon.













vendredi 19 octobre 2012

« Le paradis des ânes » de Jacques Clouteau.


« … Alors que le soleil se couchait sur le causse, sans une plainte, il s'est couché dans l'herbe pour toujours. Je ne verrai plus sa jolie paire d'oreilles s'agiter aux quatre coins du pré, et sa bonne tête chaque matin en ouvrant la porte de la cuisine. Il n'y aura plus de pitreries, juste un vide immense. Adieu petit âne… »

Ainsi écrit Jacques Clouteau à la mort de son âne Ferdinand, âne du Chemin de Compostelle et des sentiers d’Europe (cf "Les Zoreilles du chemin" de septembre 2012).

De la même manière, lorsque François Xavier Maigre raconte son pèlerinage entre Paris et le Mont Saint Michel (cf "Sur la trace de l’Archange", éditions Bayard), il parle de l’animal qui l’accompagnait, lui, son épouse et ses deux enfants : l’âne Cacao. Il en parle avec beaucoup d’amour. Si au départ l’âne n’était qu’un moyen utilitaire pour transporter les divers éléments logistiques associés au voyage, il est devenu rapidement un protagoniste à part entière du voyage ! Le pèlerin a été obligé d’apprendre à connaître l’animal pour l’éduquer et l'amener à effectuer des actes auxquels il n'était pas enclin ( passage des cours d'eau par exemple). Cela impliqua la patience et obligea parfois le pèlerin à se remettre en cause sur certains points. Dans tous les cas l’âne témoigna d’une grande intelligence. C’était déjà ainsi dans le Nouveau Testament lorsque l’âne soutenait Marie allant se faire recenser avec Joseph, ou lorsqu’il accompagnait le bœuf dans la crèche, ou quand il portait le Christ vers Jérusalem pour les Rameaux ! L’âne est un animal biblique (« un catéchisme sur pattes » dit François Xavier Maigre) qui traité avec humilité et respect devient partenaire à part entière du cheminement.
Les témoignages de Jacques Clouteau et François Xavier Maigre nous rappellent ainsi que les ânes sont des animaux très affectueux, adorant la compagnie des gens. Ce n'est pas par hasard si l'homme les a domestiqués vers 3000 ans avant Jésus Christ, à peu prés en même temps que le cheval.
C’est un peu à tout cela, y compris à la métaphore de l’âne dans le puits, que le cheminant pensait en contemplant, avec ses amis, une ânesse et un ânon, dans un pré au bord du Lac d’Estaing ( en Hautes Pyrénées), ce dimanche 14 octobre.
Dans cet univers de sérénité, le long du GR10, au sud-ouest d'Argelès Gazost, l’âne et l’ânon évoluaient à côté des chevaux en liberté ainsi que des troupeaux de moutons ou brebis surveillés par un chien !

















jeudi 18 octobre 2012

Les légendes des fils de la Vierge, par Audrey Ferraro..


En ce samedi 13 octobre 2012, tandis qu'il entame avec ses amis une randonnée vers le Refuge des Espuguettes à Gavarnie, le cheminant croise en bord de sentier de nombreuses toiles d’araignées tissées en cours de nuit. Le cheminant se souvient alors d’extraits du roman d’Audrey Ferraro, "Un amour de camino", relatifs aux légendes des fils de la Vierge. Ces extraits sont principalement figurés dans l’étape du samedi 3 novembre 2001 entre Barbadelo et Ventas de Naron.
« … Sous l’effet de la brise, quelques filandres sécrétées par de jeunes araignées se décrochent des arbustes et assurent leur transport passif dans l’air en venant, pour quelques-unes d’entre elles, se loger dans les cheveux d’Ester. La poésie de l’instant… »

« Sept heures : réveil des pèlerins. Aux alentours, les collines plongées dans le brouillard matinal montrent que le mois de novembre est bien là.
… La brume est épaisse. Il fait froid. L’humidité ambiante perle sur sa veste de randonnée. Des fils blancs se mettent à voleter dans l’air. Certains tournoient, d’autres tombent tout droit ou bien s’accrochent aux branches des arbres et aux herbes au bord du sentier. Bientôt ces légers filaments argentés recouvrent la jeune femme. Ils adhèrent à ses vêtements ou viennent se fixer sur son visage produisant une sensation désagréable. Ce sont des fils de la Vierge. A ces filaments ondoyants que l’automne envoie, se rattachent des légendes tantôt amusantes, tantôt sombres. L’une d’elles prétend que les fils proviendraient de la quenouille de la mère de Jésus-enfant. Alors que ce dernier sommeillait, la Vierge, qui démêlait les fils de ses doigts au bout de son fuseau, les laissait s’éparpiller dans l’air pour que le nid des oiselets soit plus chaud durant l’hiver. Une autre, plus obscure,  prétend que les fils de la Vierge tissent le linceul de mort des miséreux tombés, abandonnés au coin d’un bois, au revers d’un talus, d’un fossé ou le long d’une route…. »

Audrey FERRARO, Un amour de Camino, www.publibook.com



mardi 16 octobre 2012

La brèche de Roland, de Roncevaux à Gavarnie.


Bien sûr, invoquer Roland, c’est penser à Roncevaux et à l’étape du Camino entre Saint Jean pied de Port et Roncevaux. C’est invoquer une légende, un mythe, un personnage surement fictif mais un héros au cœur des mémoires, homme de devoir, de fidélité, d’intégrité !
Pourtant, à l’occasion d’une randonnée effectuée avec des amis, en ce week-end du 13 et 14 Octobre, au cirque de Gavarnie, au sud de Lourdes, en hautes Pyrénées, le cheminant a pu noter la force des légendes en contemplant … la brèche de Roland, à 2804 m d’altitude.
Comment en cet endroit des Pyrénées autre que la voie du port de Cize a-t-on pu imaginer la présence de Roland ?
L’histoire de Roland est développée dans le Livre de Saint Jacques, dont la traduction et l’analyse critique ont donné lieu à l’ouvrage de Bernard GICQUEL°, La Légende de Compostelle. C’est dans le livre III qui traite entre autres de « l’Histoire de Charlemagne et de Roland » que l’on fait connaissance avec Roland. Ce Livre III, aurait été rédigé au début du XII ème siècle par TURPIN, archevêque de Reims.
On y apprend que Roland était neveu de Charlemagne (Roland était fils de sa sœur Berthe), comte du Mans et sire de Blaye, et chef d’armée lorsqu’il participa à la conquête de l’Espagne auprès de l’Empereur. On se souvient que Charlemagne répondait à un appel de l’apôtre Jacques pour délivrer son tombeau de la présence des sarrasins.
Roland entre dans la légende de Compostelle, par son action lors de la bataille de Najera au cours de laquelle il affronte un géant, Ferragut, venu de Syrie avec 20 000 turcs pour affronter Charlemagne. Après s’être déjà battu et au terme d’une « excellente controverse » sur les différences entre la religion chrétienne et la religion sarrasine, les 2 protagonistes conviennent des modalités de la suite du combat !
«  - Je vais donc, dit alors Ferragut, combattre avec toi à la condition suivante : si, comme tu le prétends, ta foi est vraie, que je sois vaincu ; si elle est mensongère que ce soit toi qui succombes. Que la nation vaincue soit couverte à jamais de honte et d’opprobre, la nation victorieuse de louange et de gloire.
 - Qu’il en soit ainsi, dit Roland. »
Roland triomphe de lui lors d'un combat en face à face, après avoir appelé à son aide son Dieu et frappé Ferragut en son point vulnérable, le nombril ! 
Mais de fait c’est avec la défaite de Roncevaux que la légende de Roland va s’étendre encore plus.... Après avoir gagné la bataille des masques à Cordoue, partagé les terres ibériques entre les vainqueurs,  convoqué un Concile à Compostelle et attribuant au lieu le titre de "siège apostolique" au même titre que Rome (Saint Pierre) ou Ephèse (Saint Jean l'Evangéliste), Charles prend le chemin de la France et loge avec son armée à Pampelune.
 Là, il mandate Ganelon auprès des 2 rois sarrasins de Saragosse, Marsire et son frère Beligant, afin de leur rappeler qu'ils ont à recevoir le baptême ou à lui payer un tribut. Mais Ganelon trahit Charles, et passe un pacte avec les 2 rois sarrasins au terme duquel il leur livrerait les chevaliers de Charlemagne en contrepartie de richesses (20 chevaux chargés d’or, d’argent et d’étoffes).
Charlemagne passe le port de Cize mais son arrière garde avec Roland et Olivier, composée de 20 000 chrétiens, est attaquée par les armées de Marsire et Beligant. D’abord la première armée sarrasine est décimée, 20 000 sarrasins sont tués. Mais la seconde armée sarrasine avec 30 000 hommes défait l'arrière garde. Et les 20 000 chrétiens sont tués. Roland, Baudoin (le frère de Roland), Thierry, survivent.
Roland fait retentir son cor d'ivoire, et l’ayant entendu, une centaine de chrétiens le rejoignent. Roland retrouve Marsire et avec l’aide de Dieu l'abat, mais ses compagnons sont tués. Roland est blessé de 4 coups de lance et gravement atteint par les pierres et les javelots. Beligant prend la fuite.
Charles avait franchi le sommet du col et ignorait ce qui s'était passé derrière lui. Roland se dirige avec son cheval au pied du port de Cize.
 Là, "dans une charmante prairie, au pied du port de Cize, au-dessus de Roncevaux, sous un arbre, auprès d'une pierre de marbre", Roland dialogue avec son épée Durenda (signifiant "portant des coups puissants" ou "écrase avec elle le sarrasin")". Il lui rend hommage et... "craignant qu'elle ne tombe aux mains des sarrasins, il frappe 3 coups sur la pierre de marbre pour détruire son épée. Que dire de plus? Du sommet à la base, la pierre fut coupée en deux morceaux et l'épée à 2 tranchants n'en fut point ébréchée."
Puis Roland sonne fort l'olifant ("son souffle fendit le cor en son milieu")...le son parvient à Charlemagne dont l'armée avait dressé ses tentes dans le lieu appelé aujourd'hui Val de Charles...Ganelon dissuade Charles d'aller à son secours. Baudoin, puis Thierry portent secours en vain à Roland. Roland se confesse à Dieu et meurt.
Turpin, qui, au même moment, le 16 juin, célébrait la messe des morts avec Charles a une vision qui lui révèle la mort de Roland et le transfert de son âme au ciel par l'archange Saint Michel, Marsire étant, lui, envoyé en enfer. Turpin informe Charles. Baudoin, frère de Roland, arrive au camp et raconte ce qui s'est passé...
Charles revient à l'endroit où gisait mort Roland. Funérailles solennelles, ... honneurs rendus à Roland durant toute la nuit.
Le lendemain Charles revient à Roncevaux et s’élance à la poursuite des païens sur les bords de l’Ebre, sous les murs de Saragosse. Il venge Roland en tuant 4000 sarrasins. Le jour dura 3 jours, le soleil s'arrêtant dans sa course.
La trahison de Ganelon fut prouvée à l'issue d'un combat entre Pinabel, représentant Ganelon, et Thierry, représentant Charles. Thierry triompha. Ganelon fut attaché à 4 chevaux et mourut écartelé et déchiqueté.
Roland fut enseveli à Blaye, à l'Eglise de Saint Romain avec son épée prés de sa tête et son olifant à ses pieds...
D'autres héros le furent à Belin, au sud de Bordeaux...
Ainsi se présente l’histoire de Roland dans Le Livre de Saint Jacques !
Le mythe de Roland a alors donné naissance à plein de légendes et la chanson de gestes, la chanson de Roland, du XI ème siècle n’y est pas étrangère.
C’est ainsi que la brèche de Roland, à Gavarnie, serait appelée ainsi depuis la Renaissance par des érudits ayant lu le Roland Furieux (Orlando Furioso) (poème épique de 46 chants) de l’Arioste°°, écrit au début du XVI ème siècle. Celui-ci reprenant la célèbre chanson de geste de la fin du XI ème siècle (Chançun de Guillelme). C’est l’explication que propose le portail culturel consacré au pays des Vallées des Gaves, de Lourdes à Gavarnie (site : www.patrimoines-lourdes-gavarnie.fr, animé par Jean OMNES). Roland aurait réalisé cette ouverture béante entre les 2 parties de la montagne avec son épée Durandal. Voulant la briser afin qu’elle ne soit pas prise par les Sarrasins, il la jeta contre la montagne et c’est la montagne qui se brisa. Son exploit ne s’arrêta pas là car avec son cheval, il s’élança dans les airs et retomba au chaos de Coumély où l’on peut encore voir les traces de sabot du cheval. Ce lieu est appelé « pas de Roland ».
Evidemment, on trouve d’autres « pas de Roland » au Pays Basque (Itxassou…) et en Haut Aragon (salto de Roldan). Magie des croyances !
Reconnaissons que le site de Gavarnie est majestueux et propice à l’émerveillement. Dans un tel cadre, le personnage de légende qu’est Roland a naturellement sa place. Les images prises ce 13 octobre depuis le refuge des Espuguettes, à 2030 m d’altitude, en témoignent.
° Éditions Tallandier.