mardi 16 octobre 2012

La brèche de Roland, de Roncevaux à Gavarnie.


Bien sûr, invoquer Roland, c’est penser à Roncevaux et à l’étape du Camino entre Saint Jean pied de Port et Roncevaux. C’est invoquer une légende, un mythe, un personnage surement fictif mais un héros au cœur des mémoires, homme de devoir, de fidélité, d’intégrité !
Pourtant, à l’occasion d’une randonnée effectuée avec des amis, en ce week-end du 13 et 14 Octobre, au cirque de Gavarnie, au sud de Lourdes, en hautes Pyrénées, le cheminant a pu noter la force des légendes en contemplant … la brèche de Roland, à 2804 m d’altitude.
Comment en cet endroit des Pyrénées autre que la voie du port de Cize a-t-on pu imaginer la présence de Roland ?
L’histoire de Roland est développée dans le Livre de Saint Jacques, dont la traduction et l’analyse critique ont donné lieu à l’ouvrage de Bernard GICQUEL°, La Légende de Compostelle. C’est dans le livre III qui traite entre autres de « l’Histoire de Charlemagne et de Roland » que l’on fait connaissance avec Roland. Ce Livre III, aurait été rédigé au début du XII ème siècle par TURPIN, archevêque de Reims.
On y apprend que Roland était neveu de Charlemagne (Roland était fils de sa sœur Berthe), comte du Mans et sire de Blaye, et chef d’armée lorsqu’il participa à la conquête de l’Espagne auprès de l’Empereur. On se souvient que Charlemagne répondait à un appel de l’apôtre Jacques pour délivrer son tombeau de la présence des sarrasins.
Roland entre dans la légende de Compostelle, par son action lors de la bataille de Najera au cours de laquelle il affronte un géant, Ferragut, venu de Syrie avec 20 000 turcs pour affronter Charlemagne. Après s’être déjà battu et au terme d’une « excellente controverse » sur les différences entre la religion chrétienne et la religion sarrasine, les 2 protagonistes conviennent des modalités de la suite du combat !
«  - Je vais donc, dit alors Ferragut, combattre avec toi à la condition suivante : si, comme tu le prétends, ta foi est vraie, que je sois vaincu ; si elle est mensongère que ce soit toi qui succombes. Que la nation vaincue soit couverte à jamais de honte et d’opprobre, la nation victorieuse de louange et de gloire.
 - Qu’il en soit ainsi, dit Roland. »
Roland triomphe de lui lors d'un combat en face à face, après avoir appelé à son aide son Dieu et frappé Ferragut en son point vulnérable, le nombril ! 
Mais de fait c’est avec la défaite de Roncevaux que la légende de Roland va s’étendre encore plus.... Après avoir gagné la bataille des masques à Cordoue, partagé les terres ibériques entre les vainqueurs,  convoqué un Concile à Compostelle et attribuant au lieu le titre de "siège apostolique" au même titre que Rome (Saint Pierre) ou Ephèse (Saint Jean l'Evangéliste), Charles prend le chemin de la France et loge avec son armée à Pampelune.
 Là, il mandate Ganelon auprès des 2 rois sarrasins de Saragosse, Marsire et son frère Beligant, afin de leur rappeler qu'ils ont à recevoir le baptême ou à lui payer un tribut. Mais Ganelon trahit Charles, et passe un pacte avec les 2 rois sarrasins au terme duquel il leur livrerait les chevaliers de Charlemagne en contrepartie de richesses (20 chevaux chargés d’or, d’argent et d’étoffes).
Charlemagne passe le port de Cize mais son arrière garde avec Roland et Olivier, composée de 20 000 chrétiens, est attaquée par les armées de Marsire et Beligant. D’abord la première armée sarrasine est décimée, 20 000 sarrasins sont tués. Mais la seconde armée sarrasine avec 30 000 hommes défait l'arrière garde. Et les 20 000 chrétiens sont tués. Roland, Baudoin (le frère de Roland), Thierry, survivent.
Roland fait retentir son cor d'ivoire, et l’ayant entendu, une centaine de chrétiens le rejoignent. Roland retrouve Marsire et avec l’aide de Dieu l'abat, mais ses compagnons sont tués. Roland est blessé de 4 coups de lance et gravement atteint par les pierres et les javelots. Beligant prend la fuite.
Charles avait franchi le sommet du col et ignorait ce qui s'était passé derrière lui. Roland se dirige avec son cheval au pied du port de Cize.
 Là, "dans une charmante prairie, au pied du port de Cize, au-dessus de Roncevaux, sous un arbre, auprès d'une pierre de marbre", Roland dialogue avec son épée Durenda (signifiant "portant des coups puissants" ou "écrase avec elle le sarrasin")". Il lui rend hommage et... "craignant qu'elle ne tombe aux mains des sarrasins, il frappe 3 coups sur la pierre de marbre pour détruire son épée. Que dire de plus? Du sommet à la base, la pierre fut coupée en deux morceaux et l'épée à 2 tranchants n'en fut point ébréchée."
Puis Roland sonne fort l'olifant ("son souffle fendit le cor en son milieu")...le son parvient à Charlemagne dont l'armée avait dressé ses tentes dans le lieu appelé aujourd'hui Val de Charles...Ganelon dissuade Charles d'aller à son secours. Baudoin, puis Thierry portent secours en vain à Roland. Roland se confesse à Dieu et meurt.
Turpin, qui, au même moment, le 16 juin, célébrait la messe des morts avec Charles a une vision qui lui révèle la mort de Roland et le transfert de son âme au ciel par l'archange Saint Michel, Marsire étant, lui, envoyé en enfer. Turpin informe Charles. Baudoin, frère de Roland, arrive au camp et raconte ce qui s'est passé...
Charles revient à l'endroit où gisait mort Roland. Funérailles solennelles, ... honneurs rendus à Roland durant toute la nuit.
Le lendemain Charles revient à Roncevaux et s’élance à la poursuite des païens sur les bords de l’Ebre, sous les murs de Saragosse. Il venge Roland en tuant 4000 sarrasins. Le jour dura 3 jours, le soleil s'arrêtant dans sa course.
La trahison de Ganelon fut prouvée à l'issue d'un combat entre Pinabel, représentant Ganelon, et Thierry, représentant Charles. Thierry triompha. Ganelon fut attaché à 4 chevaux et mourut écartelé et déchiqueté.
Roland fut enseveli à Blaye, à l'Eglise de Saint Romain avec son épée prés de sa tête et son olifant à ses pieds...
D'autres héros le furent à Belin, au sud de Bordeaux...
Ainsi se présente l’histoire de Roland dans Le Livre de Saint Jacques !
Le mythe de Roland a alors donné naissance à plein de légendes et la chanson de gestes, la chanson de Roland, du XI ème siècle n’y est pas étrangère.
C’est ainsi que la brèche de Roland, à Gavarnie, serait appelée ainsi depuis la Renaissance par des érudits ayant lu le Roland Furieux (Orlando Furioso) (poème épique de 46 chants) de l’Arioste°°, écrit au début du XVI ème siècle. Celui-ci reprenant la célèbre chanson de geste de la fin du XI ème siècle (Chançun de Guillelme). C’est l’explication que propose le portail culturel consacré au pays des Vallées des Gaves, de Lourdes à Gavarnie (site : www.patrimoines-lourdes-gavarnie.fr, animé par Jean OMNES). Roland aurait réalisé cette ouverture béante entre les 2 parties de la montagne avec son épée Durandal. Voulant la briser afin qu’elle ne soit pas prise par les Sarrasins, il la jeta contre la montagne et c’est la montagne qui se brisa. Son exploit ne s’arrêta pas là car avec son cheval, il s’élança dans les airs et retomba au chaos de Coumély où l’on peut encore voir les traces de sabot du cheval. Ce lieu est appelé « pas de Roland ».
Evidemment, on trouve d’autres « pas de Roland » au Pays Basque (Itxassou…) et en Haut Aragon (salto de Roldan). Magie des croyances !
Reconnaissons que le site de Gavarnie est majestueux et propice à l’émerveillement. Dans un tel cadre, le personnage de légende qu’est Roland a naturellement sa place. Les images prises ce 13 octobre depuis le refuge des Espuguettes, à 2030 m d’altitude, en témoignent.
° Éditions Tallandier.






























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