dimanche 18 novembre 2012

Le vieux rêve d'un pèlerin de Compostelle.


Il est toujours précieux de partager l’expérience d’un pèlerin qui vient de finir Compostelle, qu’on l’ait accompli ou non, d’ailleurs. A la lecture d’un récit rencontré sur un blog, un « Voyage à Compostelle », effectué d’août à octobre 2012 entre Saint Jean Pied de Port et Santiago, je ne peux m’empêcher de reproduire les phrases sur lesquelles ma pensée s’est attardée et a vagabondé.
Dans les moments de souffrance (problème à la jambe gauche°, douleur au mollet, à la cheville, chute, hanche défaillante) le narrateur canadien s’écrie « C’est bien la dernière fois que je fais cela » : la souffrance accapare toute son énergie et l’oblige à ne penser qu’à la marche ou « à se laisser envahir par les paysages ». Sur ce chemin de vie il rencontre ainsi les peines.
Heureusement, les rencontres avec les « bons cœurs », les « grandes âmes », le réconcilient avec la joie. Quand il remercie ceux qui l’aident à marcher il se dit que « le Chemin c’est comme la vie, une naissance et un décès ».
Oscillant entre moments de joie et cafard, il finit par surpasser les peines au prix d’une volonté absolue. Le sourire ou le rire que les autres pèlerins lui renvoient lui donnent d’ailleurs confiance au point de le motiver et en faire un homme « déterminé ». Ne pensait-il pas que « ce n’est pas drôle à 54 ans de ne pas croire en soi ! »
Alors dans sa tête « ça devient plus clair ! » : « Le Chemin m’enlève quelque chose et me fait grandir ». « J’ai toujours cru que le Chemin ressemblait à la quête du Graal ou quelque chose de semblable. J’ai passé l’épreuve physique, j’ai passé l’épreuve morale… »
Peut-être en conclusion partielle (car bien sûr, il y a plein d’autres choses à dire) pourrait-on retenir ces mots :
- « Avec le Chemin je me suis aimé, avec mes faiblesses et surtout avec mes forces que j’ai vues après ! ».
- « Ce que j’y ai trouvé n’était pas du tout prévu. »
- « Je veux éterniser le Chemin pour mieux le vivre ».
L’écrit est plein d’émotion vraie, le blog se lit avec vif intérêt. Les images accompagnent et complètent harmonieusement le texte. Il ne manque que … la musique.
° Au terme du Chemin, le narrateur apprend qu’il a des artères bouchées à la jambe gauche.

http://leonpratte.blogspot.fr/


Photo extraite du blog de Léon Pratte

jeudi 15 novembre 2012

Les niches de Fisterra de l’architecte César Portela.


Le cap Finisterre porte une dimension symbolique exceptionnelle. Au bout de son long chemin, le pèlerin ou cheminant y vient mourir tel un vieil homme pour mieux renaître, délivré des scories de son ego. Il vient contempler son modèle, le Soleil, qui « avalé par les eaux, dans un jeu de lumières et de couleur rouge et sang° », vient se coucher chaque soir pour mieux se relever chaque lendemain ! Chacun attribue à ces symboles le sens qu’il souhaite, témoignant de ce que le Chemin est une école de découverte de la liberté spirituelle !
C’est peut-être dans cet esprit, qu’ont été conçus le long de cette pointe de terre, « in finis terrae », deux monuments étranges mais ô combien symboliques.

Le premier est situé dans le port même de Fisterra, dédié à tous les Galiciens qui ont quitté leur terre natale pour traverser l’océan et parcourir le monde, porteurs de leur culture et de leur courage. Le cheminant y lit : « Leva o Noso Amor os Galegos espallados polo mundo ».

Le second renvoie à la mort. Situé sur l’un des versants qui mène au phare il s’agit « d’un cimetière°° qui réunit modernité et tradition intemporelle, simplicité et transcendance… ». Il est constitué « d’un ensemble de constructions, agrégats et blocs de graphite disposés de façon aléatoire sur le terrain, et unies par une série de chemins et de sentiers. Ces niches modernes inspirent incontestablement une sensation de repos, de silence et de communication entre l’homme et la nature », face à l’océan atlantique. Là où se finit la terre, l’homme vient y mourir !

Par leur symbolique, ces deux ensembles viennent compléter tous les autres éléments de richesse que le marchant ou pèlerin est invité à découvrir sur cette point de terre d’où s’élèvent en son extrémité Phare et Croix !

° Audrey FERRARO, un amour de camino, www.publibook.com

























mardi 13 novembre 2012

La vallée du jugement dernier, à Moissac.



En arrivant à Moissac, en venant de Lauzerte, après avoir traversé le Quercy blanc, le pèlerin de la voie Podiensis découvre  l’ abbaye de Saint Pierre de Moissac et son fameux tympan, celui qui émut des générations de pèlerins, mais aussi  le Moine d’Umberto ECO dans l’ ouvrage « Au nom de la rose » ou encore André Malraux dans ses réflexions sur l’art sacré.
La représentation du tympan incarne le Jugement dernier. Le Christ Dieu y est encadré par 2 anges, les 4 évangélistes et 24 vieillards. Cette représentation s’inspire beaucoup de l’Apocalypse de Jean.

… «  J’eus ensuite une vision. Voici : une porte était ouverte au ciel, et la voix que j’avais naguère entendu me parler comme une trompette me dit : Monte ici, que je te montre ce qui doit arriver par la suite. A l’instant je tombai en extase. Voici, un trône était dressé dans le ciel, et, siégeant sur le trône, Quelqu’un… Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline ; un arc en ciel autour du trône est comme une vision d’émeraude. Vingt-quatre sièges entourent le trône, sur lesquels sont assis vingt-quatre vieillards vêtus de blanc, avec des couronnes d’or sur leurs têtes. Du trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu. Devant le trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par devant et par derrière. Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d’homme ; le quatrième vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans. Ils ne cessent de répéter jour et nuit : « Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Maître de tout, « Il était, Il est et Il vient ». » Et chaque fois que les Vivants offrent gloire, honneur et action de grâces à Celui qui siège sur le trône et qui vit dans les siècles des siècles, les vingt-quatre vieillards se prosternent devant Celui qui siège sur le trône pour adorer Celui qui vit dans les siècles des siècles »… 
Apocalypse de Jean (II Les visions prophétiques, 1- les préliminaires du « Grand Jour » de Dieu, Chapitre 4) d’après La Bible de Jérusalem, les Editions du Cerf, 1998

Ainsi le pèlerin découvre le lion ailé de Marc, l’ange de Matthieu, l’Aigle de Jean, le taureau de Luc. Les vingt-quatre vieillards portent des instruments de musique à une corde (rabâb) ou cinq (vielles) ou des coupes de parfum. Le visage tourné vers le « trônant » dont ils chantent les louanges, ils sont tous assis, tous semblables et pourtant tous dans une position différente.
Le tout repose sur un linteau orné de rosaces.

Maurice SCELLES, Conservateur du patrimoine,  dans l’ouvrage album « Visiter l’Abbaye de Moissac » Editions Sud-Ouest, écrit :
« Sous une embrasure profonde, le portail développe un programme iconographique cohérent. Autour du retour glorieux du Christ et du Jugement évoqués par le tympan sont représentés l’Ancienne et la Nouvelle Loi, l’Incarnation du Sauveur et le sort réservé au juste comme au pécheur. »

Ainsi sur le portail, côté  gauche de l’embrasure, le thème développé concerne le sort qui sera réservé à ceux qui auront péché par avarice, orgueil, luxure…
Sur le bandeau supérieur, « le mauvais riche et sa femme sont attablés, sourds aux plaintes du pauvre Lazare dont des chiens lèchent des ulcères. Son âme est recueillie par un ange et elle rejoint le sein d’Abraham, tandis que Saint Luc montre le texte de son évangile ».
« Sous les arcades, le mauvais riche mourant, et pleuré par sa femme, voit son âme emportée par les démons vers les tourments de l’Enfer, représenté à gauche. »
«  Au-dessous, l’Avare, une grosse bourse suspendue au cou et placé sous l’emprise du diable, refuse l’aumône à un mendiant, tandis que le panneau de droite met en scène une horrible représentation de la luxure°. »
° « une femme dévorée par les serpents et les crapauds abordée par un satyre terrifiant »

Sur le portail, côté droit, «  le registre supérieur évoque des épisodes de l’enfance du Christ (de droite à gauche la présentation au Temple, la Fuite en Egypte, la chute des idoles à l’arrivée de la Vierge et de son enfant. »
« Le registre médian concerne l’Adoration des Mages. Les trois rois avancent vers l’Enfant que désigne l’étoile. Derrière Marie encore alitée, Joseph se tient en retrait. »
Le registre inférieur est consacré à l’Annonciation et à la Visitation.

Au niveau du trumeau, la douceur mélancolique de Jérémie, sur le côté droit, la sévérité de Paul, sur le côté gauche, pour incarner l’Ancienne et la Nouvelle Loi. A l’avant, 3 couples de lions et lionnes croisés, « symbole d’une force ascensionnelle irrésistible ».

Enfin sur les piédroits, Isaïe, dont le phylactère annonce qu’une Vierge enfantera (ECCE VIRGO CONCIPIET) à droite, Saint Pierre tenant les clés du Paradis, et foulant au pied une créature diabolique, à gauche.

Après avoir contemplé le Portail, il reste au cheminant à le franchir pour pénétrer à l’intérieur de l’Abbatiale. « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera un pâturage » (Parabole du bon Pasteur, Jean, 10-9)
Une porte de plus, sur le Chemin.

Le cheminant visite ensuite le cloître puis après une courte pause parmi les bronzes de la place autour de l'abbatiale, il part contempler le lieu d'union du Tarn et de la Garonne: deux chemins de l'eau s'unissent pour n'en faire plus qu'un. Un peu comme à Puente la Reina où le camino devient un et "francès".
Il porte alors son regard vers l'Ouest pour observer que le ciel se couvre de nuages de pluie...

Quelques liens: 

Ci-après des photos du Portail et bien sûr du Cloître ( photos prises le 10/11/2012).


La rencontre du Tarn et de la Garonne, à l'ouest de Moissac.

Le tympan

Le portail

Portail, côté gauche: l'avarice, la luxure...

Portail, côté droit, le Salut

Saint Pierre à gauche, les 3 lions et lionnes au centre, Isaïe à droite

Le tympan

Le cloître

 Les bronzes de la place Durand de Bredons

Un chapiteau du cloître.



Le tympan.


Le cloître

Le cloître

Le cloître

Les bronzes de la place Durand de Bredons

Les bronzes de la place Durand de Bredons
L'ouest se charge de nuages...
Les bronzes de la place Durand de Bredons










jeudi 8 novembre 2012

“ L’odeur de la glaise et l’herbe des talus” de F. X. MAIGRE


Dans son bel ouvrage “Sur la Trace de l’Archange”°, François Xavier Maigre raconte son voyage à pied avec son épouse, Pauline, ses deux jeunes enfants, Faustine et Martin, et l’âne Cakao, accompli entre Paris et le Mont Saint Michel.  Dans les premières pages du livre, analysant les motivations de son voyage, il rapporte des propos tenus en 1978, dans le cadre de l’émission de radio « Radioscopie » de Jacques CHANCEL, par Pierre BARRET et Jean Noël GURGAND, les auteurs de « Priez pour nous à Compostelle », vieil ouvrage mais qui eut un grand succès dans les années 80 et qui « contribua à la renaissance des Chemins de Compostelle ».

François Xavier Maigre écrit :
« Quand on demanda à GURGAND si le fait de partir en pèlerinage était un moyen de sauver son âme, il eut cette réponse fulgurante : «  moi j’appellerais ça l’inquiétude. L’inquiétude, ça pousse au départ, ça fait bouger, ça fait sortir de sa maison, ça fait sortir de soi. L’inquiétude… » De son phrasé haché et ténébreux, il ajoutait : «  Hier j’ai vu partir les hirondelles, vous pouvez pas savoir ce que ça m’a fait. Pour la première fois de ma vie, j’étais accablé de voir qu’une année de plus avait passé. Les hirondelles sont parties et rien n’a changé dans notre condition d’hommes. Cette inquiétude-là, moi, me fait bouger. Je suis inquiet de moi-même et de cette pauvre humanité qui depuis que des gens usent leurs pieds sur les chemins cherche les mêmes choses sans jamais les trouver. » »

François Xavier MAIGRE ajoute :
«  Trente ans  plus tard, le cri de GURGAND continue de me tarauder. Ce voyage, pour moi, c’est peut être un mélange de révolte et d’inquiétude. Quand votre esprit ne suffit plus à vous faire comprendre le monde, il vous reste les pas. L’odeur de la glaise et l’herbe des talus. Ces vérités qui nous viennent d’en bas. »


° François Xavier MAIGRE, « Sur la Trace de l’Archange », éditions Bayard, et « Dans la poigne du vent » éditions Bruno Doucey.

Ci après, images d'une randonnée ce  jour, 8 novembre 2012.















mardi 6 novembre 2012

Les poèmes sur le Chemin, l’exemple de Josuah Rey.

La poésie est un Art. Celui de combiner les sonorités, les rythmes, les mots d’une langue pour évoquer des images, suggérer des sensations, des émotions. C’est ainsi que le Petit Larousse la définit.
Cet Art, Josuah REY, pèlerine du Chemin, en témoigne à travers la soixantaine de poèmes qu’elle vient d’éditer dans son recueil « Mon Chemin de Compostelle, Verdurlure et Carabistouilles »°.
« Elle se dit poète, sans prétention car c’est comme un courant de mots qui passe à travers elle, la submerge et l’emporte. Elle ne fait que prendre la plume et se laisser aller à l’envol. »

 Josuah REY écrit : « Il y a plusieurs façons de faire le Chemin de Compostelle et, bien que certains pèlerins se préparent avec minutie, on ne choisit pas ce que l’on va vivre. Et c’est ça le cadeau! Que ce chemin soit de joies ou de larmes, que l’on s’aille cabriolant ou que l’on tire sa tendinite comme un âne récalcitrant, que l’on panse d’immenses déchirures, il y a toujours quelque chose d’important à vivre.  Je ne savais pas ce que serait le chemin mais c’était mon chemin. J’y ai cueilli des rencontres magnifiques, des échanges poignants, des générosités à vous brûler le cœur, des silences bouleversants... Et ce chemin, je le porte en moi. Aujourd’hui je vous l’offre, parce qu’il fut bel et bon, parce que j’y ai cueilli des brassées d’êtres et des instants magiques qui m’ont ouvert le cœur… Je vous les ai rapportés dans ma musette avec tous les parfums de la vie…

Lors d’une interview°°, elle se confiait :
 « J'ai pris le Chemin de Compostelle en 2008. J'étais dans une passe difficile. Je l'ai fait en écrivant énormément dans un rapport à la nature très intense. Sur le Chemin, j'ai aussi beaucoup chanté dans les églises, sur les places,... Je rencontrais les personnes âgées, je mettais mon nez de clown, je chantais. Une fois, j'ai frappé à la porte d'une école et me suis présentée comme la pèlerine poétesse qui vient partager ses poèmes.
J'ai décidé de m'accomplir, d'être moi-même, de me révéler en tant que poète, de ne plus le vivre dans la souffrance. L'écriture est un cadeau pour moi : j'éprouve beaucoup de plaisir et d'émotions.
L'inspiration me vient en grande partie par bouffées, quelquefois 3 ou 4 poèmes : ça coule, ça monte, souvent la nuit dans le noir,... Alors je prends ou je ne prends pas... D'autres fois, je me mets en position d'écrire, mais c'est différent, moins excitant, mais ça vient aussi.
J'ai sélectionné 58 poèmes qui seront publiés à mon compte dans un recueil sous le titre Mon Chemin de Compostelle – Verdurlure et Carabistouilles
Ils feront aussi l'objet d'un spectacle. »

Voici 3 poèmes extraits de son recueil, offerts par Josuah REY. Tous les autres portent la sensibilité, l'émotion, la malice, la dérision...
" ... Josuah nous attrappe, elle nous enveloppe de ses poèmes et nous voici partis avec elle, avec autant d'envie que de crainte mais avec toujours la certitude que nous irons ensemble jusqu'au bout de ses mots."
Fanchon BAUDEMOULIN.

EMPREINTES DE PAS
Saugues le 29 mars 2008

Vois, tous ces pas qui se poursuivent
Qui se confondent, s'interpellent
S'échangent l'empreinte d'une semelle
Se détournent ou s'entremêlent.

Vois, tous ces pas courir la route
Charnus, profonds, la pointe en doute
Ou le sceau gravé d'un talon
Comme seigneurie son blason.

Vois, tous ces pas qui se distinguent
Pressés, bavards, peureux ou dingues
À s'égayer à saute-crête
Comme un coq, des pattes et du bec
Usant des bottes de sept lieues
Pour se ruer au cou de Dieu.

Vois, tous ces pas pleurer sur terre
Ces ruisseaux gonflés de misère
Ces ornières de plaies qui se creusent
Ces cœurs déchirés au silex.

Vois, sangloter dans la douleur
La cadence ivre du marcheur
Qui se retourne sur ses pas
Dans la rage de son combat.

Vois ces pas rire à bouche pleine
Dans des souliers, gueules fendues
Vois leur cuir s'accordéonner
Sur la courbure de leurs pieds.


Vois, ces pas qui vont zigzaguant
Qui glissent et se tordent le cou
À jouer avec les cailloux
À la marelle ou saute-loup.

Vois, ces pas qui ne disent rien
Qui n'entrouvrent pas une main
Et s'enfoncent, noueux et sauvages
Par les guérets et les bocages

Puis, marquant lourdement leur trace
Écrasés dans leur carapace
Ces pas de rochers qui s'isolent
Et meurent gravement en plein sol.



JE SUIS LA PÈLERINE BALAYETTE
Meseta le 15 juin 2008

Je suis la pèlerine balayette
Je ralentis mon pas, troublée
Par le baiser d'un papillon
Butineur ivre à mon front.

Inspirée par la muse, je pile
Et griffe sur les pages maculées
D'un joyeux carnet chiffonné
Un galimatias de vers étoilés.

Je suis la pèlerine balayette
C'est moi, qui, sans cesse, gamberge
Rêve et sourit, écrit trois mots
Et m'en repart au petit trot.

Je suis la pèlerine balayette
Celle qui papote et caquette
Avec les fleurs et les ruisseaux
Nourrit la terre, derrière en l'air
Gargouille rieuse et sans manière.

J'ai collecté, chemin faisant
Tant de chants quêtés aux passants
Que je balance sans façon
Dans un improbable jargon.

Je contemple l'immensité
Des montagnes de la Meseta
Seigles, blés, avoines craquants
Sous le plomb d'un soleil ardant
Puis je m'endors en ronronnant.


Je suis la pèlerine balayette
Je ramasse aussi les casquettes
Les pas perdus, les cœurs malades
Les gouttes de sueur fruitée
Où l'oiseau pourra s'abreuver.

Je suis la pèlerine balayette
C'est moi qui roule la moquette
Verdoyante de la prairie
Quand l'ultime marcheur a fui.

AU CŒUR DES ARBRES
Vaylats le 16 avril 2008.

Je vivais dans les arbres,
Mon corps, mes sens, mon cœur,
A les appeler, à les écouter, à les sentir,
A les étreindre éperdument,
Corps à corps, soudés
Dans un  tressaillement  tremblé
De  nos  ramures.

Chair lichen au tronc des fayards,
Ce flux de ciel à travers moi !
Je me dressais, tête de proue
D’un vert navire,
Et cette vague qui me chavire!

Vague de sève qui bat et roule
Sous la peau noire où se déroule
L'écorce.

Je marchais, à travers toi, arbre,
De l'une à l'autre branche,
En ce pays de feuilles vives 
Avec le ciel pour tout bagage
Et le vent pour porter mon chant.


Josuah REY, Mon Chemin de Compostelle, Poèmes, Verdurlure et Carabistouilles, éditions du Champ Moussu.
Ou Josuah REY, verdurlure@gmail.com, 44 Chemin de Chuguet, 74320 SEVRIER, France.
Tel : 04 50 52 41 92


Josuah REY



L'invitation à acheter le Recueil.


Josuah REY

Josuah REY

La Chapelle romane Notre Dame d’EUNATE, « les 100 portes ».


A quelques pas de PUENTE la REINA, 5 kms à l’est, sur la voie aragonaise, la chapelle de Notre Dame d’EUNATE.
Ce lieu exceptionnel où « tout concourt à un sentiment de dépouillement, propice à la méditation »° a fait l’objet de diverses approches historiques. EUNATE, en basque signifierait « les  100 portes » (allusion aux nombreuses arcades), un sanctuaire, une chapelle mortuaire attribuée aux Templiers, dédiée aux pèlerins qui mouraient sur le chemin. Pour le cheminant que je suis, peu importe la totale vérité historique !
Je préfère découvrir ce qu’une vision « alchimique » des signes rencontrés en ce lieu peut apporter au cheminant comme éléments de réflexion et d’approfondissement spirituel, telle celle proposée par Patrick BURENSTEINAS°°, scientifique passionné d’alchimie. Le chemin de Compostelle est en effet imprégné d’alchimie. Et il serait antérieur à Saint Jacques !
Ce qui frappe d’abord le cheminant, à l’approche de la chapelle, c’est sa forme, octogonale. Pour BURENSTEINAS, la forme octogonale symbolise la quête du divin et elle est peut être inspirée de l’Eglise du Saint Sépulcre de Jérusalem.
Trois lignes d’énergie entourent le centre de ce lieu sacré et définissent une triple enceinte conduisant de la matière au spirituel et aboutissant au divin, lieu d’accueil de la lumière.
Au cœur de la chapelle, une Vierge°° et son fils, tous deux couronnés d’or. La main gauche de la Vierge soutient l’enfant, la main droite tient une gerbe de blé. Le fils est porteur en main gauche  d’un livre peint  en noir symbolisant la matière première de l’œuvre chère à l’alchimiste. Sa main droite levée porte le trois de la trinité et la force du jugement.
Symbolique du rappel de l’obligation pour l’homme de travailler et fatiguer sans cesse la matière noire de son corps pour accomplir une œuvre qui conduit à la purification, à la matière vierge (symbolisée par la couronne d’or de la Vierge) et à la lumière (la gerbe de blé).

« Pour ma part, je suis totalement tombé sous le charme de cette petite chapelle octogonale, ceinte d’une galerie à arcades aux chapiteaux finement sculptés… on y découvre d’étranges figures humaines, aux barbes et moustaches s’allongeant démesurément en volutes et entrelacs, qui ne sont pas sans rappeler les motifs irlandais du haut Moyen Âge… »°
Autre élément interrogatif : l’escalier en colimaçon dont certains prétendent qu’il conduisait à une lanterne des morts allumée sur le toit. 
° voir Patrick HUCHET et Yvon BOËLLE dans « Sur les Chemins de Compostelle », éditions Ouest France.
°° Dans le Film « Le voyage alchimique » de Georges COMBE, PGA Films.

NB : Selon Patrick BURENSTEINAS, la Vierge était sans doute à l’origine une Vierge noire. De plus la forme octogonale de la chapelle renverrait aussi à Mercure, le Messager des Dieux. Ce serait Mercure qui apporterait la lumière du Divin, reçue de Michael, Michel, Saint Michel, le protecteur de l’ordre du Temple, et guide des alchimistes. Peut-être les Templiers ont-ils pratiqué l’alchimie dans la chapelle ! La Vierge est une autre protectrice de l’ordre du Temple.
Quelques liens très intéressants :