jeudi 28 février 2013

Cheminer… avec Victor Hugo !



« Vous savez mon goût. Toutes les fois que je puis continuer un peu ma route à pied, c'est-à-dire convertir le voyage en promenade, je n’y manque pas. Rien n’est charmant, à mon sens, comme cette façon de voyager.
A pied ! On s’appartient, on est libre, on est joyeux : on est tout entier et sans partage aux incidents de la route, à la ferme où l’on déjeune, à l’arbre où l’on s’abrite, à l’église où l’on se réveille. On part, on s’arrête, on repart ; rien ne gêne, rien ne retient. On va et on rêve devant soi. La marche berce la rêverie : la rêverie voile la fatigue. La beauté du paysage cache la longueur du chemin. On ne voyage pas, on erre. A chaque pas qu’on fait, il vous vient une idée. Il semble qu’on sente des essaims éclore et bourdonner dans son cerveau. Bien des fois, assis à l’ombre au bord d’une grande route, à côté d’une petite source vive d’où sortaient avec l’eau, la joie, la vie et la fraîcheur, sous un orme plein d’oiseaux, reposé, serein, heureux, doucement occupé de mille songes, j’ai regardé avec compassion passer devant moi, comme un tourbillon où roule la foudre, la chaise de poste, cette chose étincelante et rapide qui contient je ne sais quels voyageurs lents, lourds, ennuyés et assoupis ; cet éclair qui emporte des tortues. Et puis tout vient à l’homme qui marche. Il ne lui surgit pas seulement des idées, il lui échoit des aventures ; et, pour ma part, j’aime fort les aventures qui m’arrivent. S’il est amusant pour autrui d’inventer des aventures, il est amusant pour soi même d’en avoir. »
Victor Hugo, Le Rhin, Lettre XX, 1892.

Photos jointes empruntées à Frank Denies, Camino de Santiago Forum.



mercredi 27 février 2013

Statistiques 2011 sur l’attractivité des différentes voies pour se rendre à Saint Jean Pied de Port.


Quelle est la voie la plus fréquentée pour atteindre Saint Jean Pied de Port ? la Via Turonensis, Chemin de Tours ? la Via Lemovicensis, ou Chemin de Vézelay ? la Via Podiensis ou Chemin du Puy, la Via Tolosana ou Chemin d’Arles ? le Chemin du Piémont Pyrénéen ?...

Les données statistiques 2011 de l’accueil pèlerins à Saint Jean Pied de Port permettent de dégager les conclusions suivantes :
1-      Sur 39675 pèlerins enregistrés en 2011 à l’accueil pèlerins, un quart s’y est rendu à pied, 9640 pèlerins. Les trois autres quarts démarrent leur pèlerinage à Saint Jean Pied de Port, 29941 pèlerins.
2-      Parmi les voies empruntées pour aller à Saint Jean, la voie du Puy attire près de 69% des pèlerins qui arrivent à pied à l’accueil pèlerins. Soit près de 7000 pèlerins par la Voie du Puy.
3-      Les autres voies sont très significativement moins fréquentées. La voie de Tours  retient 10% des pèlerins, la voie de Vezelay, 9%. Elles accueillent de 800 à près de 1000 pèlerins, chacune.
4-      Les voies d’Arles et du Piémont Pyrénéen n’atteignent pas, regroupées, 600 pèlerins.










mardi 26 février 2013

Statistiques sur l’âge des pèlerins à Saint Jean Pied de Port.




En attendant les statistiques détaillées du bureau de pèlerins à Saint Jean Pied de Port, pour l’année 2012, et tandis que de nombreux pèlerins se préparent pour emprunter en 2013 les divers Chemins de Compostelle, il n’est pas inutile d’analyser l’âge des pèlerins !
A partir des statistiques diffusées au titre de 2011 par l’accueil pèlerins, rue de la citadelle, il est possible pour certaines nationalités d’effectuer quelques calculs, par exemple sur les pèlerins français, espagnols, canadiens ou sud-coréens.

Quelques enseignements :

1-      Parmi ces 4 nationalités, ce sont les pèlerins français qui sont les plus âgés (53 ans et demi en moyenne) tandis que les sud-coréens ont un profil beaucoup plus jeune (36 ans en moyenne). L’âge moyen d’un canadien est de 48 ans et demi, celui d’un espagnol, de 43 ans.
2-      Les moins de 30 ans représentent seulement 12% des pèlerins français tandis qu’ils sont 45% des sud-coréens (soit près d’un sur deux).
3-      Les 60 ans et plus de 60 ans sont 48% parmi l’effectif français (soit près de un sur deux), 7% chez les sud-coréens.
4-      Les espagnols présentent un profil type « d’adulte » avec une part des 30 à moins de 60 ans  très élevée (72%) : l’âge moyen ressort à 43 ans.
5-      Les canadiens ont un âge moyen de 48 ans et demi et une part de + de 60 ans égale à 31%.

Conclusions :

En simplifiant un peu, on pourrait dire que les sud-coréens choisissent d’effectuer le Chemin de Compostelle, jeunes, les espagnols effectuent le chemin plutôt à l’âge adulte, tandis que les canadiens et les français attendent plus tard, les français étant objectivement de loin les plus âgés.

Ci joints 4 graphiques explicatifs.






vendredi 22 février 2013

L’épopée de neuf étudiants entre Parthenay et Compostelle.


 En 1958, entre Parthenay et Compostelle, du 25 juillet au 17 septembre… avec Jacques Vedel, Claude Chauvin…
L’épopée de neuf étudiants (dont un polio et un paraplégique), auxquels le Pèlerin a rendu hommage voici quelque temps, en juin 2011 !
«  On était 9, 6 garçons, 3 filles, plus une jument, Rosalie, et une charrette. … Les camps de garçons et filles, cela ne se faisait pas, alors le clergé ne nous a pas accueillis. … On ne s’est pas vu depuis 50 ans et on se retrouve comme si c’était hier. … Le chemin a nourri toute notre vie d’amitié et de confiance ! ».
Ci jointes, quelques photos capturées sur la Vidéo du journal Pèlerin (cf pelerin.info/ Chemins-de-pelerinage). Elles ne sont pas forcément de qualité mais authentiques (1958).
Dans leur ouvrage collectif, « De Parthenay à Compostelle », 1958, ouvrage collectif coordonné par Jacques Vedel, autoédition, on peut lire :
« … Ce soir nous dînons à l’hôtel des Rois Catholiques, l’un des plus beaux paradors d’Espagne. En effet, les pèlerins qui ont fait le pèlerinage à pied sont nourris gratuitement pendant trois jours par la municipalité »
Cet extrait est cité par Patrick Huchet, dans son livre «  Mille Ans vers Compostelle, L’aventure des Pèlerins sur les Chemins de Saint Jacques », éditions Ouest France, Octobre 2012.
Cela a bien changé !












mardi 12 février 2013

Cheminer sur le Chemin aragonais : Sangüesa



Autre étape importante sur le Chemin aragonais, Sangüesa et son église Santa Maria la Real dont son portail, du 12ème siècle, est un chef d’œuvre d’art roman. « C’est un fabuleux livre d’images que les sculpteurs ont ciselé dans la pierre, avec des représentations de scènes bibliques (la Création, la Résurrection), du Tétramorphe et des statues colonnes de saints, d’une pureté de ligne exceptionnelle. »
"Sur les Chemins de Compostelle", Patrick HUCHET, Yvon BOËLLE, éditions Ouest France.






Cheminer sur le Chemin aragonais : le Monastère de Leyre.

Situé sur un versant de la Sierra de Leyre, le Monastère domine le lac de Yesa. Il est sensiblement à 60 kms à l’ouest de Jaca et 50 kms à l’est de Pampelune. Légèrement à l’écart du Chemin, dans un magnifique cadre environnant.

« Celui-ci doit être absolument visité°… C’est l’un des plus anciens et des plus importants de l’histoire de l’Espagne. Aux 8ème et 9ème siècles, évêques, nobles et souverains vinrent s’y réfugier, au temps de l’Islam conquérant… Ce sera l’un des départs de la Reconquista… ».
Ci-après quelques photos du cadre, de l’église (Vierge à l’enfant), de la célèbre crypte romane
 « Consacrée° en 1057, elle se caractérise par un mélange surprenant d’harmonie et de puissance : d’énormes chapiteaux aux motifs tout de simplicité couronnent d’étroits piliers, dont on a peine à croire qu’ils puissent supporter les impressionnantes arcades. Ici, force et élégance se conjuguent pour le plus grand bonheur de l’art roman. »
 ° :"Sur les Chemins de Compostelle", Patrick HUCHET, Yvon BOËLLE, éditions Ouest France.










Cheminer sur le Chemin aragonais : le monastère de San Juan de la Peña.



A partir de Jaca le chemin aragonais suit sensiblement la RN 240 et parfois le rio Aragon. Pour atteindre le site spectaculaire du monastère de San Juan de la Peña, le cheminant qui se dirige vers Puente la Reina de Jaca doit quitter le chemin proprement dit (à 700 m d’altitude) pour effectuer une longue montée (dénivelée de l’ordre de 500m sur environ 10 kms) dans « la sauvage sierra de la Peña ».   Le monastère apparaît alors minuscule sous le surplomb du rocher. Ce lieu, à 1200m d’altitude, fut choisi par un groupe d’ermites qui peu à peu construisit un ensemble monastique adoptant au milieu du 9ème siècle la règle de Saint Benoit. Puis les moines adoptèrent la règle clunisienne au 11ème siècle, en même temps que Sanche « le grand », en 1025, faisait du monastère le plus important du royaume d’Aragon. Le lieu fut d’ailleurs choisi comme panthéon par les rois et nobles d’Aragon, Navarre.
Ci-après quelques photos dont celles des chapiteaux, pur joyau de l’art roman.







samedi 9 février 2013

Cheminer… avec « Le Fou de Compostelle° », Paul Racette, le Canadien.

Je viens de finir de lire l’ouvrage de Paul Racette, « Pèlerinage extrême », récit de son pèlerinage en Octobre 2007.J’avoue avoir été frappé par l’enthousiasme et l’émerveillement qui animent l’auteur. Est-ce seulement la Foi dans le Créateur et la Création ? Est-ce son expérience de vie en tant que Diacre, aidant, conseiller moral ? Sa Foi en la Vie ? De fait, le lecteur se trouve emporté dans un tourbillon de prières, de louanges, de chansons et de danses sur le Camino ! La Joie ! Le Rire ! What a wonderful word !
D’Astorga à Compostelle, l’auteur, venu réaliser le rêve d’un ami emporté par un cancer du côlon, dit et témoigne de son émerveillement quotidien. Chaque jour sur le Chemin devient la plus belle journée du pèlerinage, scandée par les rencontres avec la Nature et les Êtres du Monde entier.
Les journées commencent très tôt car une Force le pousse à établir un lien au plus vite avec Dieu, cette Force qui le pousse dans la nuit sous le regard des étoiles !
« Les petites bulles pleines d’eau » sous ses pieds, infectées ou pas, les souffrances musculaires, sont des épreuves qu’il surpasse, en témoignage de tous ceux qui l’observent dans son cheminement, qu’ils soient de Terre ou du Ciel !...
…  Le rituel de la cueillette d’une fleur dès le matin, destinée à son épouse, le besoin de prier, la louange au Créateur, les pensées pour les enfants, les amis vivants ou non ,la cache de la Cruz de Ferro, le désir de « reculer » l’arrivée pour mieux profiter encore, avant d’atteindre l’Apôtre Jacques !
Mais aussi, la rencontre avec les Signes, le Phénoménal, le Surnaturel, l’Esprit du Mal, les cadeaux du Ciel !
Autant d’éléments qui ne laissent pas indifférents le lecteur, qu’il soit croyant ou pas, dans cet univers d’amitié qu’incarne le Chemin !
A son retour au Québec, l’auteur se trouvera pendant 22 mois prisonnier de douleurs intenses dont la médecine aura bien du mal à identifier la source. En pratiquant « un ministère de délivrance et de guérison », des personnes éloigneront l’Esprit du Mal, permettant à l’auteur de retrouver son équilibre physique et de retrouver une vie normale !… 
«  Je ne pourrai jamais dire jusqu’à quel point la Providence a été bonne pour moi avant, durant et après ce périple. J’en remercie le Ciel. »

° surnom donné à Paul par un de ses amis, Sylvain.

vendredi 1 février 2013

Les pèlerins coréens et japonais sur les Chemins de Compostelle.


Pour ce qui est des Coréens, ils étaient 18, en 2004, à être recensés à Santiago. En 2007, 449. Les voici en 2012 à près de 2500 pèlerins. Ils sont désormais le 11ème pays le plus représenté sur les Chemins, juste derrière le Canada !
L’année 2007 est l’année « levier » qui les propulse de la 54ème nation la plus représentée à la 23ème.
Divers facteurs semblent à l’origine de ce phénomène. Les membres du groupe Facebook « Cheminer », à l’occasion de la mésaventure arrivée à cinq d’entre eux, cet hiver, entre Saint Jean Pied de Port et Roncevaux,  ont relevé certains éléments explicatifs:

-          La foi liée au christianisme qui est la première religion en Corée du Sud (rappel population : autour de 49 millions d’habitants) et concerne 26% des coréens (23% pour le bouddhisme) dont 20% de protestants et 6% de catholiques (soit 8.6 millions de protestants et 5.1 millions de catholiques).

-          Le nouvel éloge de la lenteur dans « un pays drogué à la compétitivité ». De ce point de vue, une journaliste, Suh-Myung-Sook, n’est pas étrangère au développement de la marche. A son retour de Compostelle, en 2006, elle a d’ailleurs valorisé dans l’île sud-coréenne de Cheju, un ensemble de sentiers de randonnées inspirés des chemins de Saint Jacques : les « chemins Olle » ».On cite le nombre de 1 000 000 marcheurs par an.

-          La perception par les coréens de la dimension « initiatique » des chemins de Compostelle, jugée propice à certaines phases clés de la vie des Êtres.

Ci-après diverses photos dont celle de Suh-Myung-Sook et des photos empruntées à Joachim Michel.

L’ensemble des réflexions menées par le Groupe Facebook « Cheminer » sur les pèlerins coréens nous a conduits à  Suh-Myung-Sook, cette journaliste coréenne qui a fait connaître les Chemins de Compostelle dans son pays ( après avoir fait le Chemin en septembre 2006, en 36 jours depuis Saint Jean Pied de Port) et qui a développé ensuite, en 2006-2007,  un réseau de Sentiers de randonnée sur l’île sud-coréenne de Cheju, appelé Chemins « Olle ».
En découvrant cette île sur internet (environ 2000km2, 80kms*25kms), on découvre que cette île est dite l’île des sirènes par référence aux femmes plongeuses qui pêchent les crustacés en eau de mer : elles sont le symbole de l’île même si aujourd’hui elles sont de plus en plus « ravalées » au rang d’attraction touristique. L’île vit de pèche, de la culture des mandarines, du tourisme. Née d’une gigantesque éruption volcanique, on y trouve de nombreux cratères dont au centre de l’île le Mont Halla !
Avec 600 000 habitants l’île est aussi appelée l’île des 3 abondances (les femmes, le vent, les pierres) auxquelles il faut ajouter dorénavant les produits de la mer et les sites touristiques.
Cette île qui accueillit des matchs de la coupe du monde 2002, trouve ainsi une notoriété grandissante, à une heure de vol de Séoul. C’est ce qui explique peut-être le fait qu’un million de marcheurs soit recensé sur les Chemins « Olle ».
Cette île est encore un paradis pour les photographes, notamment en automne, ainsi qu’en témoignent les photos de Douglas Mac Donald (cf Flickr.com/photos/dmacs_photos) empruntées à jejuweekly.com
Le site des Sentiers de randonnée : jejuolle.org

Si l’on en croit les statistiques, il y a trois fois plus de coréens que de japonais sur les Chemins de Compostelle. Et pourtant jusqu’en 2006, c’était l’inverse. A partir de 2007, le nombre de coréens a significativement crû ! Il n’y a donc pas eu d’effet Suh-Myung-Sook au Japon !
île de CHEJU, photo de Douglas Mac Donald



Suh-Myung-Sook

Photo Joachim Michel

île de CHEJU, photo de Douglas Mac Donald

Suh-Myung-Sook

Photo de Joachim Miguel



Sources: bureau des pèlerins à Santiago.