lundi 2 décembre 2013

Le chant des lavandières.


Josuah REY vient de m'envoyer ce beau texte plein de poésie:

"J'ai vu se couler tant de mains sur mes eaux, dit la rivière. Tant de corps se courber au miroir de mon corps, voyageuse éphémère. 
Tant de regards se perdre pour des rêves sauvages et quitter le rivage pour aller voir ailleurs, emportés par mon chant.
J'ai cueilli tant de larmes, et serré tant de mains, noyé tant de chagrins, dit la rivière. Je vous connais, humains et vous porte en mes bras, vous apaise et vous guide.
Je lave vos linges sales, emportant vos tourments, vos peurs et vos regrets.
Je vous lave les mains et efface vos fautes. Je suis la transparence retrouvée et le pardon.
Je vous mène à la mer en lourd troupeau serré, vous offre l'horizon pour ouvrir vos regards.
J'emporte dans mes flancs la danse de vos mouchoirs, de vos joyeux corsages, le sang de vos draps rudes tendus comme des voiles au secret de vos nuits.
J'emporte vos ivresses dans mon galop furieux, écumante et comblée, j'emporte vos ivresses et vous laisse l'ennui.
Je sais ce beau reflet, des seins de lait des femmes, caresse leur épaule, et leur nuque ravie dans la fraicheur d'été et mords leurs doigts, l'hiver, jusqu'à les faire pleurer.
J'emporte leurs secrets pour qu'ils deviennent pierres et roule et passe et mousse et les enfoui sous l'algue.
J'emporte aussi les filles qui demandent  pardon, un enfant dans le ventre et sombrent à jamais.
Des humains, je sais tout et tout je leur pardonne. Je sais depuis longtemps comme il est dur d'être homme et de le rester, pur, vivant, majestueux. L'homme dit tant de choses quand il m'entre dedans et tente de se perdre. Ou bien de s'oublier. Qu'il vient se purifier par les matins magiques, entrant nu dans l'aurore auréolée de brume. Lui qui parfois s'endort, épuisé sur mes rives et pleure comme un enfant.
Adieu, dit la rivière, je reprends mon errance, me mêle au flux puissant de mon père l'océan qui saura m'accoucher de toutes vos histoires et me porter au ciel jusqu'au front des nuages et me dire la pluie et me dire l'orage et me parler du vent.
Et je vous reviendrai, goutte à goutte, dans la métamorphose de ma robe d'averse. Et je vous reviendrai, rivière, comme avant."
Josuah Rey




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