mardi 28 juin 2016

Un enfant sur le chemin de Compostelle


Rédigé par Catherine Maillard, publié le 3/05/2016.

Bien déterminé à faire son rite de passage de petit homme, Santiago, 7 ans décide de marcher jusqu’à Compostelle. Accompagné par sa mère, tous deux accompliront un périple
de plus de 1000 Kms en 42 jours de marche.
Retour sur un chemin initiatique, une aventure hors du commun dont ils sortiront transformés.
Santiago va avoir 7 ans, l’âge auquel les enfants indiens faisaient un rituel pour devenir de petits hommes, apprendre à affronter leurs peurs et se surpasser. Santiago, d’origine franco péruvienne par sa mère vit à Fontainebleau ; il va choisir son propre rite de passage. Un soir, alors qu’il est l’heure de se coucher, l’enfant annonce à sa mère d’un ton déterminé : « je veux aller marcher sur mon chemin, sur le chemin de Compostelle ! ». Une décision qui prend racine dans les choix éducatifs de Céline Anaya Gautier. Celle-ci tente, en effet, de transmettre à ses enfants de ne pas s’égarer sur la voie des Super Héros des jeux vidéo et des productions Hollywoodienne, nouveaux référents d’une époque virtuelle, mais bien de devenir le héros de leur propre légende. « Alors l’extraordinaire, surgira des mille et une situations ordinaires qui balisent le chemin d’une vie ! » s’enthousiasme-t-elle. 

Le choix de ce périple entraînera de nombreuses discussions, au terme desquelles, tous deux projettent d’abord de se rendre jusqu’au passage des Pyrénées, « son père est espagnol, ça a du sens ! » commente Céline. Un périple qui représente 3 jours de marche en France, 2 en Espagne ! Mais ce voyage va les emmener bien au- delà de leurs rêves ! Après 6 mois de préparatifs, un pas après l’autre, tous les deux parcourront plus de 1000 kms, soit 42 jours de marche. « Parce que difficile n’est pas impossible ! » se répète Santiago. Un mantra qui scande sa vie, depuis sa tendre enfance. Retour sur les étapes clés de ce chemin initiatique, entre émotion, prises de conscience, rencontres… Une invitation à prendre avec cet enfant notre bâton de pèlerin, et à nous transformer. 

Le caillou : l’intention !

La tradition veut que lorsqu’on fait le pèlerinage de St Jacques de Compostelle, le marcheur dépose à l’issue de son voyage, une pierre de chez lui ! De quoi la pierre est-elle chargée ? D’une intention qui accompagne chacun de ses pas. Santiago garde la sienne secrète. « Il n’a pas besoin de tout me dire, il faut qu’il se fasse confiance »commente Céline. Son message : « Le plus important est de vivre ton aventure. C’est à chacun de devenir son propre guide spirituel. » Ainsi la pierre au fond de son sac résonne de ces mots : « la seule vérité c’est la tienne, il faut que tu apprennes à t’écouter. Alors, tu pourras cheminer ! » Ainsi Santiago chérit son intention secrète, et apprend qu’il y a un endroit où il est seul avec lui-même. Sa première clé d’émancipation, qui lui permettra de marcher à plusieurs reprises seul sur le chemin, provoquant à la fois de la fierté chez sa mère, et un pincement au cœur. « J’assistais sans doute aux derniers instants d’enfance » !

Le Bâton du pèlerin !

« Moi je déteste les bâtons », s’amuse Céline, qui avoue avoir fait le choix dans sa vie, de ne s’appuyer sur personne d’autre qu’elle-même. Une certitude que remet fortement en cause le chemin de Compostelle, dont le bâton est un symbole emblématique, un soutien !
Santiago manifeste d’emblée un rapport spécifique avec cet attribut : « Maman, sans mon bâton, je ne serais pas un vrai pèlerin ». Il en trouve un, qu’il patine avec attention… puis qu’il casse dans l’escalier de sa maison. « Son premier deuil : celui du bâton parfait », se souvient Céline. Dépassant sa tristesse, il en trouvera un autre… qu’il oubliera avant de partir. Deux évènements qui l’impactent et interrogent sa capacité à marcher ce chemin. L’initiation est déjà là : faire confiance au chemin. « Il y en a forcément un qui t’attend quelque part », lui souffle sa mère. Il le trouvera, des kilomètres plus tard, devant une croix, alors qu’il ne le cherchait plus. Un rendez-vous qui se déroulera comme un rituel : Santiago lui demande la permission, comme un ami à qui on propose de faire la route ensemble, écoute la réponse, et le prend en le remerciant.

Le chemin : la voie de l’alchimiste !

Au détour de la route, une inscription : « C’est à propos du chemin, non de la destination ». Une phrase que chacun d’entre nous a entendue cent fois, mais qui ici prend toute sa dimension. Chaque pas est une porte, l’arrivée au gîte de l’Alchimiste en est une importante. « Santiago, tu sais ce que c’est un alchimiste ? » demande Céline à son fils. Elle poursuit : « Il nous parle de notre capacité à nous transformer, plutôt que chercher à transformer les autres. » La transformation intérieure se joue à chacun des pas, et les pèlerins l’apprennent parfois à leurs dépens ; le chemin possède ses propres règles, ses épreuves, ses embuches et ses récompenses. « C’est un jeu d’endurance et de "dé-maîtrise" de soi », confirme Céline. Pour Santiago et moi, ce voyage c’est à la fois le chemin d’un enfant qui veut devenir un petit d’homme, celui d’une maman qui doit apprendre à laisser grandir son enfant, et d’un binôme qui doit trouver sa cadence dans le profond respecte de chacun. Et sans que l’on ait vraiment décidé, la transformation a lieu : désapprendre la société pour apprendre la vie et pas seulement en apprivoiser le sens.
Dépasser ses limites : un choix de conscience !

Nous avons tous rencontré sur le chemin, un moment où nous avions accompli le but que nous nous étions fixés. Alors le contentement est là. Pourtant, au fond de soi, une petite voix nous souffle, que ce que nous pensions être le but n’est en réalité que la première marche vers quelque chose de plus grand, qui nous dépasse, et qui est la véritable destination. Allons-nous franchir cette étape, oser ? 
A 7 ans, pour son passage de petit d’homme, Santiago est confronté à ce choix, celui de vivre son destin, ou de se contenter d’avoir atteint son objectif ! L’Espagne est là devant eux, juste à la stèle, ils viennent de parcourir deux cents kilomètres. Un dialogue s’ensuit : « Si tu décides d’aller au bout, je te pousserai même dans les moment difficiles, pour que tu réussisses ton défi. Un passage de petit homme c’est dur, et c’est parce que c’est ainsi que tu seras fier de toi, » énonce Céline, avec fermeté et bienveillance à la fois. « Que penseras-tu de moi, si j’abandonne ? » questionne Santiago. « Cela n’a aucune importance, ce que penseront moi ou tes amis. Ce qui est important c’est ce que tu penses de toi-même. » Santiago chemine dans son monde intérieur, il est imperturbable, il a une décision à prendre. Il ne savait pas ce que c’était de marcher, maintenant il sait. Il choisira en conscience de poursuivre. 
Les victoires : Dépasser la peur de la mort

Petit Santiago a souffert d’une pneumonie dont il a failli mourir. Depuis, la peur de la mort ne le quitte plus, au moindre rhume, son ombre se profile. Ce voyage y mettra un terme. « En aucun cas, ça n’a été une intention de le confronter ainsi, c’est juste que nous avons pris le temps d’écouter la vie, et ce qu’elle nous présentait sur le chemin pour grandir ! » précise Céline. Sur la route de Compostelle, la mort côtoie sans cesse la vie. Comme en témoigne une première rencontre avec Robert, qui fait le chemin, suite au suicide de son fils. Son cas n’est pas isolé, d’autres pèlerins « marchent » la perte d’un être cher. Sur le chemin, la mort prendra plusieurs visages : celui d’un oiseau sur le bas-côté, puis de carcasses d’animaux, comme autant d’indices laissés par la vie sur la nature de son impermanence. Plus possible d’y échapper pour Santiago: « maman, je ne veux pas mourir ! ». « Chéri il y a des morts, à chaque seconde, et des naissances aussi : c’est le cycle de la vie, c’est ainsi et tu ne peux rien y changer. Tu dois l’accepter, » répond sa mère. Etape par étape, Santiago va y faire face, et vaincre sa terreur. En l’acceptant. « Une victoire fondamentale », se réjouit sa mère.
Le chemin a sa propre volonté !

Arrivés à Foncébadon, Céline présente des signes d’épuisement. Le lendemain est une étape importante, la Cruz de Ferro, 772,8 kms, où l’on dépose sa pierre. A deux doigts de tomber dans les pommes, elle devra se rendre à l’hôpital, elle n’a pas le choix ! Son défi à elle ? Laisser Santiago seul au milieu de la montagne marcher avec d’autres pèlerins rencontrés récemment.

Son fils va trancher : « tu dis toujours que le chemin te donne ce dont tu as besoin, alors accepte que je doive continuer seul. » Alors qu’elle monte dans le taxi qui l’emporte vers la ville, Santiago poursuit sa route la petite troupe, Gran Zapato, Françoise et d’autres, pour partir déposer le caillou que tous deux avaient ramassé ensemble à Fontainebleau. Qui aurait pu dire, qu’à ce moment - là, elle n’y serait pas avec lui. Il fallait qu’il le vive seul, par lui-même, et sans sa mère. Le chemin a sa propre volonté, sa propre loi que nous ne pouvons percer. Quand Céline le rejoint plus tard, ce n’est plus avec un enfant, mais un petit d’homme, avec qui qu’elle parcourra les derniers kilomètres qui les séparent de Compostelle ! « J’ai appris que dans la vie, tout est possible, que mon meilleur ami c’est moi, que partager c’est mieux que d’avoir, que chaque chose que l’on fait dans la vie a une conséquence » nous livre Santiago, avec la fierté d’un petit homme qui a accompli un périple hors du commun.









jeudi 23 juin 2016

Cheminer à Castrojeriz … avec un creuset.


Gilles Belugou, par sa photo prise, à Castrojeriz, d’une tête de mort, et « postée » dans le groupe Facebook, , m’a incité à réfléchir au symbolisme de cette tête, ou plutôt des deux têtes, car de fait il y en a deux, ainsi qu’à celui du creuset qui se cache à même le sol et que souvent le pèlerin ne voit pas.  
Oui, ces deux têtes de mort invitent le pèlerin à une réflexion sur la mort ! Mais cette réflexion ne doit-elle pas intégrer le creuset, le petit trou, situé sous la première tête ?
Ce creuset rappelle le four de l’alchimiste, l’athanor !
Avec le creuset, l’alchimiste cherche inlassablement à décomposer la matière pour la rendre apte à accueillir la lumière et à faire éclore la pierre philosophale qui ouvre le chemin de l’éternité.
De la même manière, par un travail permanent sur lui, « l’homme ordinaire » se dépouille progressivement des scories qui font son ego. Il accède alors à une dimension où le spirituel prend le pas sur la matière !
Son « creuset » personnel, outil de travail, une vie durant, doit permettre à cet homme de mourir en ayant mis « son âme hors » (la mort), MORS.
Il doit aussi favoriser l’émergence de la partie la plus noble de son corps, la dimension spirituelle, celle qui incarne la lumière et qui se confond dans l’éternité avec la transmission, ETERNITAS.
Pour l’alchimiste le chemin de l’ETERNITAS c’est la quête du cinquième élément (éternité, « éther sans la terre »), la quintessence.
Nous sommes mortels, le passage de la vie à la mort fait appel à un creuset dont l’usage doit donner du sens à notre cheminement !
"jeudi 18 octobre 2001, Hontanas – Itero del Castillo
… Sur leur parcours, Frank et Ester passent devant la façade de l’église Santo Domingo du XVI ème siècle où deux singulières têtes de mort en pierre représentent le passé « O Mors » et l’éternité « O Aeternitas » ?"
 Audrey FERRARO, « un amour de camino », www.publibook.com.
..." Frank et Ester l'ont bien compris. Plus ils progressent sur les sentes espagnoles et plus ils se laissent gagner par l'esprit du chemin..."
Audrey FERRARO, « un amour de camino », www.publibook.com.

Nota : certaines photos présentées ci-après sont extraites du film « Le voyage alchimiste », PGA films, film de Georges COMBE, avec Patrick BURENSTEINAS, scientifique passionné d’alchimie.








mercredi 22 juin 2016

Cheminer et contempler un cadran solaire.



Lors de son départ sur le Chemin, Jules Girod a « posté » sur « Cheminer » une étrange photo. Il m’a donné envie d’en savoir plus sur cette photo de cadran solaire.
 « Au 27 Rue St Jacques, à Paris, on peut contempler un étrange cadran solaire. Ce moulage en ciment représente une tête de femme dont le haut ressemble à une coquille St Jacques en allusion à la rue et à St Jacques de Compostelle. Le cadran est légèrement vers l’ouest, il manque un peu de précision. Les sourcils en forme de flamme évoquent les rayons ardents du soleil, et les cheveux, ramenés derrière la nuque, retombent sur les épaules. Il est l’œuvre de Salvador DALI.
A midi, le mardi 15 novembre 1966, le « premier évènement du XXIè siècle » a eu lieu. Juché dans la nacelle d’un élévateur, le Maître Salvador Dali dévoile sa nouvelle oeuvre, au rythme des instruments de la fanfare des Beaux-Arts.

Cette oeuvre de ciment, fut réalisée en l’honneur des amis du sculpteur qui possédaient le magasin d’angle.
La grisaille d’Automne se prêtant mal à l’exercice, un projecteur fit quelques temps office de soleil. L’oeuvre est aussi un hommage discret aux pèlerins de Saint Jacques de Compostelle auxquels la rue fait directement référence ».