vendredi 11 mai 2012

Le Monument au Pèlerin de l'Alto del Perdon!


« Donde se cruza el camino del viento con el de las estrellas », les 12 pèlerins, les 17 figures !

Entre Pampelune et Puente la Reina, el Alto del Perdon, ou el alto de Santa Maria de Erreniega est un des sommets les plus élevés de la Sierra del Perdon : autour de 770-780 m d’altitude.
C’est aussi un endroit symbolique majeur car en ce lieu  se croisent le chemin des étoiles et le chemin du vent.

 Le chemin des étoiles, c’est le Camino, honoré par un monument représentant  une caravane de pèlerins,
 «  portant des lances d’où jaillissent des rayons de lumière et des étoiles ».
Douze visages « en fer forgé grandeur nature » avancent vers Santiago.
Douze visages, … Juda n’a pas sa place sur le Chemin.
Juda n’a pas surmonté les épreuves.
Ils sont donc 13 – 1.
Le premier ne porte pas de lance… il est la Lumière…le grand initié…
Les onze autres  visages, faits de détermination, portent une lance…
Derrière le grand initié, onze fidèles. Huit sont à pied,  sept seuls, un tire un cheval porteur de la charge du pèlerin. Trois  sont sur âne ou cheval.
Et puis un chien… Au total cinq animaux !
Douze êtres humains, cinq animaux (4 chevaux, un chien) !
Dix sept figures!

Le chemin du vent, ce sont les nombreuses éoliennes que côtoie le cheminant et qui sous la force du vent deviennent des étoiles à trois branches d’où jaillit l’énergie indispensable à la vie.
Curieux symbole que l’union du passé et de l’avenir en ce point dit alto del Perdon. C’est un peu comme si le Pardon n’était délivré qu’à celui qui unit les contraires, tout en respectant les éléments naturels.
En guise d’apaisement le cheminant savoure la beauté des paysages en cette fin avril 2012. Son regard  s’arrête sur le vert des champs de blé ou le jaune des champs de colza.

Le présent en Navarre.

12 pèlerins, 5 animaux.

La terre est grasse, le ciel est grossi par les nuages.

Fuite? libération? renaissance?














"Donde se cruza el camino del viento con el de las estrellas."

"Ils ferment la marche!"

Union du passé et du futur, pour construire le présent!

Tiens, un chien!
NB : Le monument au Pèlerin a été érigé en 1996 par les amis navarrais du Chemin de Saint jacques. Jean Yves Gregoire dans son guide du camino Francès (Randos éditions) parle de « la Via Lactea. » »La Sierra del Perdon était surveillée par les hospitaliers de saint jean de Jérusalem. Au col, l’ermitage Santa Maria offrait l’hospitalité aux pèlerins. »

mardi 8 mai 2012

Images de Roncevaux

Lors des 3 étapes accomplies fin avril 2012, entre Saint Jean Pied de Port et Pampelune,  Francis et moi  avons pris quelques photos de ce lieu mythique qu'est Roncevaux.
 Après avoir franchi 3 portes à Saint Jean Pied de Port, les cheminants affrontent l'épreuve de la traversée des Pyrénées, avec succès.Ils franchissent alors une nouvelle porte, Roncevaux, se rappelant qu'en ces lieux un homme, Roland, fut autrefois trahi par des Montagnards basques!

Roncevaux (vallée des épines), Orreaga (lieu de genévriers).

"Ce petit village de la haute montagne pyrénéenne est associé aux grands évènements de l'Europe du Moyen Âge. Le souvenir de Charlemagne et de Roland, la création d'un grand hôpital pour venir en assistance aux pèlerins de Compostelle et la légende autour de l'apparition de la Vierge sont ancrées dans ses pierres"
Audrey FERRARO, "un amour de camino", www.publibook.com.

1127: édificationd'un hôpital à l'initiative de l’évêque de Pampelune.
Puis disparition et construction d'un ensemble hospitalier au XVIII ème siècle.
1219: consécration de la Collégiale royale sous le règne de Sanche VII.C'est en cette église qu'est dite la Messe des Pèlerins, "Allez par le Seigneur et priez pour nous à Santiago"
XII ème siècle: le "Silo de Carlomagno" ou Chapelle du Saint Esprit. C'est l'édifice le plus ancien de Roncevaux.La légende le suppose situé sur le lieu même où Charlemagne fit édifier le Tombeau de Roland ( bataille de Roncevaux en 778).Il possède un souterrain ou crypte où étaient enterrés les pèlerins morts à l'hôpital.
XIII ème siècle: église de Santiago.
Sources: Sur les Chemins de Compostelle, Patrick HUCHET, Yvon BOELLE, éditions Ouest France.
ou www.roncesvalles.es



Tombeau de Sanche VII "le fort" dans la salle capitulaire de la Collégiale royale
 ( consacrée en 1219 par le même Sanche VII.)

Vitrail de Sanche le Fort dans la salle capitulaire de la Collégiale.

Vitrail dans la Collégiale

La croix de Notre Dame de Roncevaux, la croix latine épousant le bourdon du pèlerin ou la crosse de l’évêque (!)

La croix de Roncevaux et la croix latine.

Aperçu du cloître et de la salle capitulaire.

La croix de Notre Dame de Roncevaux

La Vierge des Douleurs aux larmes d'argent.

L'apôtre Jacques

Le Tympan de la Collégiale dédié à la Vierge.On dit qu'elle apparut miraculeusement "signalée par un cerf portant une étoile qui brillait dans sa ramure"

Le Prieuré et la vue sur les Pyrénées

Fleurs des derniers jours d'avril, espérance de lumière.

L'église de Santiago et à droite le "Silo de Carlomagno"



lundi 7 mai 2012

Images du Camino entre Saint Jean Pied de Port et Pampelune...


Porte Saint Jacques

Rue de la Citadelle

Jean le Baptiste, l'agneau, la Tour Notre Dame

La Vierge à l'enfant

La porte d'Espagne

Le départ sur la route Napoléon

"Les fameuses manech d'Euskati"


Refuge d'HUNTTO

Un temps couvert en cette fin d'avril

Un tapis de feuilles d'hêtres

Des restes de neige à l'approche de Lepoeder

Vue depuis Lepoeder, vue sur Roncevaux et Burguete

L'espoir, la vue sur Roncevaux

Les nuages cachent la beauté des paysages

La descente dans la forêt de hêtres

L'arrivée à Roncevaux

Le refuge de Roncevaux

Abords de la Collégiale

Refaire quelques pas sur le Chemin... Fin avril 2012!


 « Plongé dans l’inconnu, le pèlerin doit se laisser faire par les évènements, être ouvert à des rencontres peu communes, apprendre à tenir, retrouver l’essentiel en affrontant un relatif dénuement… Bref entrer dans une aventure spirituelle hors norme. En pratiquant le camino avec humilité et ouverture d’esprit, une part de mystère cachée au plus profond de soi, s’éclaire et, parfois, le véritable sens de son existence se révèle. » Audrey FERRARO, un amour de camino, www.publibook.com

En cette fin d’avril 2012, j’ai la chance d’aller marcher avec mon ami Francis entre Saint Jean Pied de Port et Pampelune sur le Chemin de Compostelle. Trois étapes, Roncevaux, Zubiri, Pampelune.
Après une soirée et nuit passées à Saint Michel dans un hôtel des plus accueillants (http://www.xoko-goxoa.com) le départ se fait tôt en ce vendredi 27 avril.
 La porte Saint Jacques accueille toujours les pèlerins, la rue de la Citadelle leur délivre le tampon du départ, l’église Notre Dame du Pont leur permet un dernier moment de recueillement. La tour et la porte Notre Dame  les projettent vers le Pont vieux. Jean le Baptiste, la canne en main droite, et l’agneau de lumière, encouragent le pèlerin, à son passage sous la porte. La vierge et l’enfant regardent l’éloignement du cheminant. Le pont roman franchit la Nive et pousse les pèlerins vers la porte d’Espagne. Le chemin des Pyrénées ! La porte d’Espagne est alors la troisième et dernière porte à franchir !

 D’abord une montée dans le brouillard vers Huntto, le refuge Orisson, la Vierge de Biakorri, la croix Thibaut, le col de Bentartre, le col Lepoeder. Le temps n’est pas au rendez-vous mais peu importe ! Les pèlerins sont là, nombreux. Nous avons fait le voyage vers Saint Jean Pied de Port en train et entre Bayonne et Saint Jean le train était complet de pèlerins venus de divers horizons dont la Suède et la Corée du Sud. Si l’on en croit les statistiques la période propice au pèlerinage de Compostelle démarre (170 à 200 pèlerins par jour à l’Accueil du 39 rue de la Citadelle début mai 2011). La visibilité devient réduite à son minimum et il n’est pas question de contempler le paysage ou les troupeaux de brebis, dont Audrey FERRARO dit qu’elles ont « faces noires et cornes en guidon de course ». 

Arrivé au sommet de Lepoeder, le ciel fait l’effort de  nous offrir quelques vues fugaces de la Collégiale de Roncevaux (« les immenses toits gris… ») et du village de Burguete. En marchant j’ai le sentiment d’être en terrain connu ! Et Francis est tout à fait à l’aise sur ce Chemin ! Tout au plus a-t-il parfois quelques difficultés à trouver le bon niveau de serrage de ses lacets. Et puis une descente parmi « l’imposante hêtraie ». Et à ce moment le ciel s’éclaire enfin ! Roncevaux nous accueille. Au total environ 1200m de dénivelées dans un site plein de majesté, porté par les divers mythes ou légendes qui entourent Charlemagne et Roland à travers la bataille de Roncevaux.
NOTA : d'un auteur inconnu la chanson de Roland est une chanson de geste datant du XI siècle. Composé de 4000 vers, ce poème raconte, basé sur des faits historiques, le massacre de l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne au col de Roncevaux, le 15 août 778.

« Car Roland sent que la mort est proche :
Par les oreilles lui sort la cervelle.
Pour ses pairs il prie que Dieu les appelle,
Et pour lui-même implore l'ange Gabriel.
Prenant son olifan dans une main, et Durandal son épée ;
De plus d'une portée d'arbalète Il s'avance vers l'Espagne.
Au sommet d'un tertre, sous deux beaux arbres
Il y a quatre blocs de marbre luisant;
C'est là qu'il tombe à la renverse, sur l'herbe verte;
Il s'est évanoui, la mort est proche.
Roland frappe sur une roche bise ;
Il en abat plus que je ne saurais dire;
L'épée grince, mais ne s'ébrèche ni se brise, rebondissant en l'air.
Quand le comte voit qu'il ne la brisera pas,
Il la plaint bien tendrement en se parlant à lui-même :
Ah, Durandal, comme tu es bonne et sainte !
Dans ton pommeau d'or sont de nombreuses reliques,
Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile,
Des cheveux de monseigneur saint Denis,
Du vêtement de sainte Marie;
II n'est pas juste que des païens te possèdent, c'est de chrétiens que tu dois être honorée.
Que de vastes terres avec toi j'aurais conquises,
Que tient Charles, qui a la barbe fleurie ! L'empereur est puissant et riche.
Ne soit jamais l'épée d'un couard !
Que Dieu ne permette pas à la France telle honte !
Roland sent que la mort l'entreprend,
Et dans la tête et le coeur lui descend.
Dessous un pin il va courant
Et sur l'herbe verte s'allonge,
Plaçant sous lui épée et olifan,
Et regardant vers la grande Espagne;
Ainsi fait-il parce qu'il veut que Charlemagne et tous ses soldats de son armée
Disent que le noble comte est mort en conquérant.
Il bat sa coulpe de tous ses péchés,
Et pour leur rémission, offre à Dieu son gant.
Le comte Roland est couché sous un pin,
Il s'est tourné vers l'Espagne.
De tant de choses il se souvient :
Des terres conquises pour douce France,
De ceux de son lignage,
De Charlemagne, son seigneur qui l'éleva,
Et des français dont il est si aimé.
Ne peut s'empêcher de pleurer et de soupirer.
Mais il ne veut pas se mettre en oubli;
II bat sa coulpe, implore de Dieu merci.
« Vrai Dieu, qui jamais ne mentis
Qui a ressuscité saint Lazare d'entre les morts,
Qui a préservé Daniel des lions,
Préserve mon âme de tous les périls
Pour les péchés que j'ai fait en ma vie.»
Il offre son gant droit à Dieu,
Et saint Gabriel le prend de sa main.
La tête inclinée sur son épaule,
Les mains jointes, il expira.
Dieu lui envoya son ange chérubin
Et saint Michel du Péril en mer;
Saint Gabriel vint aussi,
Pour emporter l'âme du comte en Paradis. »

Sur le chemin j’ai emporté le roman d’Audrey FERRARO, « un amour de camino »,  roman que j’ai beaucoup apprécié (www.publibook.com) ce qui me permet d’approfondir le texte, au soir des étapes !
Soirée à Roncevaux, la Collégiale royale, la chapelle de Santiago, la chapelle Sancti Spiritu (ou le Silo de Carlomagno), la croix de Roncevaux, la Vierge à l’enfant (« Vierge des douleurs aux larmes d’argent° » … et Casa Sabina pour la traditionnelle bière et aussi pour El Menu del peregrino !

Il n’est pas 8H, lorsque le samedi matin nous quittons Roncevaux pour Zubiri ! et il pleut abondamment. Poncho oblige ! Le chemin est gorgé des eaux de cette fin d’Avril et voilà qu’entre Burguete et Espinal un ruisseau débordant des excès de pluie empêche toute avancée et bloque la caravane des pèlerins. Retour arrière vers Burguete et emprunt de la route nationale. Le chemin se confond alors avec deux côtés d’un triangle rectangle et non plus avec une hypoténuse. Il est donc plus long.
Enfin Espinal, Viscarret et la montée vers Carrovide, à 909m d’altitude avant de redescendre vers le Rio Arga et atteindre Zubiri. Pas question de prendre beaucoup de photos en cette journée ! au risque de détruire l’appareil ! Le ciel est trop chargé pour libérer une quelconque luminosité. Nous arrivons vers 14H30 à Zubiri et avant de rentrer à l’hosteria, nous enlevons notre poncho, nos chaussures et pénétrons en chaussettes pour ne pas salir ! la personne qui nous accueille à la réception apprécie.
Les chambres sont chauffées, tout le linge est étalé pour qu’il puisse sécher ! Privilège de l’hôtel sur le refuge où il est difficile de faire sécher le linge mouillé, voire de bien soigner ampoules et douleurs.
° selon une légende, elle apparut « signalée par un cerf portant une étoile qui brillait dans sa ramure » cf : http://www.yvon-boelle.com (Sur les Chemins de Compostelle, Editions Ouest France, Patrick HUCHET, Yvon BOELLE)

Après une nuit réparatrice, départ de Zubiri à 8H. .
La marche se fait au contact permanent des excès d’eau libérés par la nature. Pourtant il ne pleut pas. L’étape se déroule le long de l’Arga.
L’arrivée au pont d’ARRE annonce la périphérie de Pampelune, « les grands hangars industriels accompagnent les 2 amis jusqu’aux portes de la grande ville » et quelques instants plus tard le Pont de la Madeleine les accueille sous un soleil radieux.
Après le silence, voici la ville et ses nuisances…
Il est 14H
Devant l’hôtel, les 2 cheminants défont leurs chaussures, rangent les éléments mouillés ou sales dans le couvre sac et pénètrent à la réception…
Les 3 étapes sont terminées, il convient alors d’apprécier ce qui s’est passé au cours des 3 journées !
Rien de tel qu’une découverte en soirée de la vieille ville, avec nos compagnes, venues nous retrouver en ce dimanche après midi 30 avril !



















vendredi 6 avril 2012

Audrey Ferraro, "Compostelle: Un amour de Camino", un des livres du peregrino!

Venant de lire le Roman d’Audrey FERRARO, « Compostelle: Un Amour de Camino » (diffusion : 

Compostelle :Un amour de Camino

https://amzn.eu/d/ihvVmEN

8 juin 2022

979-8835119219)

et ayant beaucoup apprécié ce livre, j’ai souhaité communiquer à d’autres pèlerins l’envie de lire ce roman.
Ce roman est fait de pas accomplis parmi un univers de signes !
Les premiers pas, ceux que le lecteur observe en premier, car ils «  imprègnent » notamment la première partie du livre, incarnent un récit de voyage. Ils sont en quelque sorte un guide de voyage du Camino entre Saint Jean Pied de Port et Santiago.
Alors le lecteur, pèlerin du chemin lui-même, se plaît à  cheminer à nouveau sur les 35 étapes qui mènent de Saint Jean Pied de Port à Santiago. Ce qui frappe alors, c’est évidemment l’extrême précision apportée par l’auteur à décrire les lieux traversés, notamment par leur histoire et géographie (milieu physique, humain, faune, flore, agriculture, légendes, patrimoine,…).
Ce qui a dû être un simple recueil de notes en cours de cheminement est devenu quelques temps après un travail accompli d’approfondissement de connaissance des lieux traversés. Nul doute que cela est le fruit d’un long travail initié par le Chemin.
Le lecteur revit alors de nombreuses  séquences en s’enrichissant d’éléments d’analyse ou de culture offerts par le travail de l’auteur. Il en vit aussi de nouvelles, réalisant qu’en chemin il est passé à côté d’elles, mais …  sans les voir.
L’auteur lui apporte alors des compléments de découverte.
Dans tous les cas, le lecteur bénéficie d’un regard autre que le sien  qui vient l’obliger à réexaminer et reconsidérer les grandes phases de son propre chemin !

Les pas suivants sont des pas d’amour entre deux êtres.
Pendant la première partie du récit,  l’auteur exprime une grande retenue, voire pudeur, à rendre compte du lien naissant entre Ester et Frank. Il est  « distant », un peu comme si l’essentiel était le voyage seul et comme si l’histoire de la relation naissante entre les deux êtres ne le concernait pas vraiment.
Il  désigne d’ailleurs plus souvent l’héroïne par « la Lilloise », et non par Ester. Le lecteur n’apprend pas grand-chose de cette « Lilloise »,  à peine plus de l’Américain Frank.
Et puis progressivement le lien devient plus présent pour occuper principalement le récit de l’auteur, le chemin devient lieu  d’épanouissement d’une relation amoureuse !  Les pas des  deux cheminants vont finir par s’unir dans un élan porté par toute la magie du chemin.
L’auteur lâche alors prise et libère simultanément les forces du corps et de l’esprit pour témoigner et être partie prenante.
Les autres pas renvoient au pourquoi ? Pourquoi le Chemin ? Pourquoi la souffrance ?
Le pourquoi du Chemin…
Les 35 étapes décrites par l’auteur en donnent de nombreux indices…
La lecture donne envie de relire de nombreux passages et à nouveau de les approfondir voire d’en travailler certains, moins développés et quelque peu ignorés !
Le lecteur retrouve bien décrits l’esprit du chemin, son éthique, sa capacité à nous projeter sur le champ spirituel, les pouvoirs de la marche et de la méditation, le retour et le travail sur soi, l’humilité, la dépossession du superficiel, l’épurement de l’être, la force de la rencontre de l’Autre….
Le pourquoi de la souffrance…
La marche vers Compostelle, puis vers la fin des terres, Fisterra, est un cheminement initiatique d’épreuves physiques et morales, certaines insoutenables ! L’être, devenu vieux, doit « mourir », et faire le deuil des diverses morts comme le soleil couchant, à l’occident, pour mieux renaître à la vie, à l’orient !
Les derniers pas  sont alors les pas de la Renaissance et de l’Espérance !
Ce sont ceux contenus dans le message du vieux Galicien, dans l’épilogue. Qu’il est beau cet épilogue !
Bref, un très beau roman !
Pierre BAILLET



mercredi 25 janvier 2012

Mon Camino, j'en retiens quoi?

… Ainsi donc j’ai quitté les limites de mon champ et  pèlerin suis devenu, pour aller rejoindre le champ de l’étoile ou le champ des morts,
…le champ de l’étoile, campus stellae, ce lieu  qui selon la légende permit à un ermite guidé par une étoile dans le ciel  de retrouver le corps de l’apôtre Jacques,  Frère de Jean l’Evangéliste.
… le champ des morts, compostum, compostela, le cimetière des morts en référence à  l’existence de sépultures d’antique nécropole
… Compostelle…
… Ainsi donc j’ai découvert le Chemin, « el camino »… avec mon bourdon, ma besace, ma calebasse …
… J’ai d’abord marché du septentrion vers le midi et la porte Saint Jacques à St Jean Pied de Port, puis de l’Orient à l’Occident, du levant au couchant,  entre Roncevaux, Santiago et l’Océan.
… Qu’ai-je découvert au cours de ce voyage ? Que retenir ?

5 thèmes de réflexion :
· Le chemin, un univers de signes à déchiffrer
· Le chemin, un dialogue avec les forces du Cosmos
· La force du silence sur le chemin
· L’esprit du chemin
· Le cheminement après le chemin

1-un univers de signes à déchiffrer.

Le chemin est une ligne tracée par  les pas de l’homme et cette ligne est devenue un lieu privilégié d’accumulation de signes à déchiffrer.
Ce lieu confère au cheminant l’opportunité, voire le privilège, de remonter les siècles sur un chemin qui est bien antérieur à la chrétienté. Il  épouse aujourd’hui la voie romaine, laquelle reprenait une voie celtique qui elle-même  s’appuyait sur des routes plus anciennes. Voyageurs, commerçants, alchimistes, pèlerins, cheminants, se sont ainsi succédés apportant chacun leur pierre à l’édifice, dans un immense mouvement orienté vers une quête, mais laquelle ?
 Le chemin permet la rencontre avec les signes que les différentes traditions ont semés avec le temps. A chaque individu de voir et d’apprendre à voir ce qui se cache derrière chacun d’entre eux.
Car ne nous y trompons pas,  le chemin nous invite à  voir au-delà des apparences pour ouvrir notre corps à autre chose qu’une simple marche. De fait le voyageur  que je suis, est  bien vite plongé dans un univers initiatique.
- Les  premiers signes sont signes d’épreuve physique ou morale traduisant l’obligation pour l’être d’agir sur son corps pour le travailler, le corriger, le rectifier.
Citons quelques-uns de ces signes !
· La longueur du chemin, la durée de l’épreuve, qu’il faut subir
· Les différentes portes qu’il faut franchir et qui donnent le droit  d’ouvrir sur autre chose et d’affronter de nouvelles épreuves,
· Les ponts qui relient les rives, les hommes des divers champs, pour aller toujours plus loin dans sa quête,
· Les sommets des cols qu’il convient d’atteindre.
Le chemin qui file tout droit vers l’Ouest sur un plateau semi-aride et désertique, véritable athanor pour le cheminant en été.
Tous ces signes burinent le corps du marcheur et l’obligent à l’application d’une méthode basée sur des principes rigoureux :
· Nécessité de cheminer strictement sur les  traces de pas de tous ceux qui à travers les siècles ont précédé et dessiné la ligne du chemin, la planche tracée de leurs travaux.
· Rester maître de ses pas, car chacun des pas est en soi une épreuve. ...
· Faire les pas en ordre, à l’ordre. S’écarter du chemin tracé par les pas de l’histoire conduit à un risque d’erreur ou d’égarement. Il convient donc d’être vigilant, patient, persévérant, et de rester dans l’axe du chemin, dans la méthode. Tous les pas inutilement ou mal effectués accélèrent les processus de confusion chez le marcheur (fatigue, anxiété, « panique ») et peuvent remettre en cause tout l’édifice.
· Faciliter les pas en s’aidant de  la canne : elle scande les pas, elle les ordonne, donne de la force aux pas tout en les soulageant, elle est le troisième pied, elle est Trois, elle est pilier de Force.

  Par l’application de ces principes, le voyageur s’ouvre  aux signes que les différentes croyances mythologiques, légendaires, préchrétiennes, alchimiques, chrétiennes ont transmis en héritage. Il entame alors un travail spirituel où le symbolisme est élément de méthode. Les signes sont alors outils et symboles. Ils sont alors image visible de l’invisible.
Citons quelques exemples de signes qui m’ont plus particulièrement frappé :

· Bien sûr, la référence permanente au Grand initié fondateur du Christianisme et annonciateur de la Bonne Nouvelle de la Fraternité humaine. Chapelles, églises, monastères, collégiales, basiliques et cathédrales sont témoignages et font du chemin, un chemin « monumental », sur lequel ouvriers, oeuvriers, compagnons et architectes ont parfait le chantier au fil du temps. La croix latine est omniprésente, rappelant « la rencontre entre l’horizontalité du cheminement physique et la verticalité du dépassement spirituel ».

· La référence à Jacques le Majeur et à son frère Jean l’évangéliste, le détenteur des clés d’or de la porte des Dieux, conduisant à la vraie lumière.

· Autre exemple, ici, dans le village aux 100 portes, EUNATE, un sanctuaire ( chapelle mortuaire) attribué aux Templiers, de forme octogonale, et construit avec une triple enceinte partant de la matière, conduisant au spirituel et aboutissant au divin pour y recevoir la lumière. En son sein, une ancienne vierge noire couronnée d’or. Son fils, lui-même couronné d’or, est porteur en main gauche  d’un livre peint également en noir. La main droite de la vierge tient une gerbe de blé. Rappel de l’obligation de travailler et fatiguer sans cesse la matière noire de notre corps pour accomplir une œuvre qui conduit à la purification et à la lumière.

· Là, dans le village au nom d’étoile, ESTELLA, un Christ en majesté, assis dans une mandorle en quadrilobe. Il bénit la foule de sa main droite tandis que sa main gauche est posée sur un objet de forme cubique, une pierre cubique, chargée sur sa face avant d’un Chrisme. L’initié a parfait sa pierre.

· Là-bas,  dans cet autre village, où on trouve des vestiges de village celte, CASTROJERIZ,   au bord du chemin, sur le mur de l’église, 2 têtes de morts, l’une MORS, l’autre ETERNITAS. Sous la première un creuset semblable au four de l’alchimiste, l’athanor. La matière doit être sans cesse travaillée et libérée de toutes ses scories, l’homme doit se déposséder de toutes ses possessions. Lorsque l’œuvre de dépossession de la matière est accomplie, MORS, l’œuvre de construction vers l’esprit se profile, et l’accueil de la lumière est rendu possible. Le chemin de l’ETERNITAS, du cinquième élément des alchimistes, de la quintessence, s’ouvre.


· Ici, au sommet d’un col, une croix de fer, fichée en haut d’un mât de bois : le cheminant est invité à abandonner une pierre, et à se dépouiller des scories qui enveloppent encore son ego. Nécessité d’un travail sans relâche sur la pierre, notre pierre.


· Là, autre franchissement de col pour accéder à la porte d’entrée en terre galicienne ,O CEBREIRO, et une petite église avec une vierge dont l’enfant porte en main gauche une pomme d’or, le fruit de la connaissance, le fruit qui contient l’étoile, la récompense de l’alchimiste.


· Un portail de gloire où, l’apôtre Jacques, le Christ, les évangélistes, les 24 vieillards de l’apocalypse, les prophètes, appuyés sur Hercule tenant 2 lions sous ses bras, accueillent le cheminant. La mythologie, les légendes, la pré chrétienté, la chrétienté, se retrouvent reliées par une invitation à la maitrise de la force et de la sagesse.

· Un pilier, arbre de Jessé, dont la pierre est creusée par l'empreinte de milliers, de millions de doigts de pèlerins. La main libre du cheminant se pose sur la généalogie du temps pour y fixer sa trace.


- Ce travail sur la matière ou l’esprit est facilité par l’existence d’autres signes, des signes de secours, de soutien et de cœur, pour guider et soutenir la progression vers l’ouest du marcheur.
· Deux hospitaliers, « messagers de l’amour fraternel », l’un laïc, l’autre religieux, lui garantissent chaque soir le coucher.

· Une flèche d’or sur fonds bleu lui indique la direction, des horizontales blanches et rouges canalisent ses pas, des croix barrées le protègent de l’erreur de cheminement.

Tous ces signes décelés et déchiffrés au cœur même du chemin s’inscrivent dans le cadre d’un dialogue permanent avec les forces du Cosmos et les différents éléments qui le constituent. Ce dialogue se met au service d’un émerveillement et d’une communion totale avec la Nature.

2- un dialogue avec les forces du Cosmos…

- Dialogue avec le guide soleil… qui au matin levant, jaillit, porteur d’une lumière flamboyante et projette  devant mes pas, mon ombre. Me poussant vers l’occident, il me dirige… et mon ombre devient lumière…Il me dit que le chemin est un « enjambement » par mes pas de toutes les pierres et épreuves qui le constituent. Il précise que cet enjambement oblige à un épurement, un assèchement.
La force de l’orient nourrissant mon énergie, le levant me fortifiant.

- Dialogue avec la lune,  guide blanc de la nuit, qui offre sa plénitude et son esprit. Elle favorise  ainsi la réflexion. Par elle, il devient possible, dans les ténèbres de la nuit, d’entrevoir la lumière du chemin et  donc de poursuivre l’œuvre.

- Dialogue avec la voûte étoilée et  le monde des étoiles. Je me rappelle la magie de la voie lactée, je me rappelle le Petit prince émerveillé qui se demandait  si les étoiles sont éclairées afin que chacun trouve la sienne.
«  Y aurait-il une étoile qui s'allume spécialement pour chacun de nous et qu'il convient de découvrir pour éclairer notre chemin...?»
- Dialogue avec la terre qui par son relief, plat, vallonné ou montagneux, par son revêtement, cailloux ou pierres, sable, bitume, ciment … oblige à la justesse des pas pour éviter les pièges du sol…une terre qui me rappelle que je suis poussière et que redeviendrai poussière …

- Dialogue avec l’air, le vent, l’eau, les paysages, les fruits de la nature, avec le blé, avec le raisin, avec cet arbre vieux de 800 ans, un châtaigner, qui semble abolir le temps et offrir au voyageur une forme d’éternité. Il garde une porte du temps.


- Dialogue avec ce chêne creux qui auprès d’un calvaire veille sur la mort et sur le temps.
Que de couleurs à découvrir voire redécouvrir  et apprécier !
 Le chemin, par la proximité avec la nature, oblige à  l’éveil ou au réveil des sens. Le voir, l’entendre, le toucher, le gouter, le sentir, deviennent des outils de connaissance et d’approfondissement.
Tous ces dialogues sont de riches sources d’énergie.

3- La Force du Silence sur le chemin.

- Le déchiffrement des signes, le dialogue avec les forces du Cosmos se font en silence.
- Le chemin, de fait, rend muet et offre un temps de silence « en soi », « pour soi ».
- Un temps de silence, pour écouter, méditer, se taire, s’ouvrir.
- Ecouter le profond de son être, pour mieux se découvrir et se connaître.
- Aller au plus profond de soi pour pouvoir s’élever.
- Les longues séquences de silence intérieur  font exploser la carapace corporelle : tout revient, tout défile, les réussites, les échecs, les non deuils, les plaies non cicatrisées. C’est la « caminothérapie » et de cette « bouillie » sortent souvent des larmes qui viennent mouiller les yeux.
- Le silence permet alors d’ordonner ou remettre en ordre les grands questionnements qui ont fait et font notre vie.
- Le silence du marcheur est  une épreuve, il peut être une peur, mais aussi un privilège qui permet l’accueil et l’harmonie avec la nature
- Sur le chemin, le silence devient la plus forte des paroles.

4- L’esprit du chemin.

- Le premier pouvoir du chemin est de nous faire passer de l’ordre de la matière à l’ordre de l’esprit.
Le passage se fait par 3 stades d’évolution :
· Au début, lors des premières séquences de pas, le corps commande l'esprit. Le corps donne des signes de rejet de la démarche entreprise. Il freine les pas, en favorisant les obstacles, les souffrances physiques.
· Plus tard, une esquisse de dialogue entre le corps et l'esprit se met en place, les blessures se résorbent comme si le corps cherchait à se mettre en ordre...
· Enfin, le dernier temps est la mise à l'ordre du corps et de la matière: ils acceptent de passer à l'ordre de l'esprit... mais cette mise à l'ordre n'est pas une capitulation, elle se fait en harmonie avec lui. Le chemin réconcilie le corps et l’esprit, dans un même mouvement.
· Le chemin devient esprit et il existe un esprit du chemin.
· Au cours du processus,  le chemin  tend à vous isoler, le chemin vous recroqueville sur un espace limité et fermé qui définit le sens de votre cheminement
· Et, au fil des pas, vous devenez prisonnier de son aspiration, et en quelque sorte de sa volonté. ll vous rend dépendant, comme s’il vous disait : « vas au-delà de tes pas pour découvrir l’envie d’aller toujours au-delà, tant que le Destin ne t’enlève pas le dernier souffle de vie… »
· Le chemin nous prépare à l’idée que le but n’est pas le but mais autre chose.

- Le second pouvoir du chemin est de dépasser les différentes formes de spiritualité.
Il existe plusieurs formes de spiritualité, religieuse, laïque… mais ce chemin a le pouvoir de les rassembler… il les dépasse et les transcende pour les unir… l’analyse, le déchiffrement des signes, propres à chacun, ouvrent les portes d’une conciliation qui unit et rassemble ce qui est épars…
- Enfin, troisième pouvoir induit par les 2 précédents : le pouvoir éthique, le chemin  révèle notre besoin de l’autre et nous conduit vers le cœur de l’Autre.
En permettant un travail pour aller vers soi-même en se dépouillant de tout ce qui est superficiel, de tout ce qui appartient au monde actuel, tel son univers "métro, boulot, dodo", le chemin nous propose d’avoir moins pour être plus.
Être plus avec tous ceux qui lui ont insufflé en cours de cheminement une immense énergie positive :
· les marcheurs présents sur le chemin, qui abolissent toutes « les barrières sociales, raciales, confessionnelles, de sexe, d’âge, ou autres »
· mais tout autant  et même plus encore ceux absents du chemin mais actifs en pensée, en témoignages, en suivi, en fraternité.
Ce sont ces diverses formes d’expression  qui insufflent un souffle d’amour. Le cheminant n’est bientôt plus seul à faire les pas, les Autres le poussent et marchent avec lui. Il réalise qu’il a un besoin impérieux des autres.
Le « je » initial devient « nous » ! Je marchais seul, nous marchons désormais ensemble et je ne suis plus que le témoin.
C’est donc bien la partie la plus noble de l’Etre qui se retrouve là à nourrir la réussite du projet. Le projet individuel devient collectif et partagé.
Un travail sur soi qui t’amène à plus d’humilité, à plus d’autre, au besoin de l’autre, et à la nécessité de construire la fraternité.

5- Le cheminement après le chemin :

- Arrivé au terme du voyage, je réalise que ce terme n’est qu’une étape, une porte de plus sur le chemin. Compostelle, champ des morts, est vraiment lieu de mort, mais de la première mort, celles des apparences.

- Je dois poursuivre mon cheminement pour aller encore plus à l’ouest,  auprès du soleil mourant, face à la mer, en fin de terre. C’est là que vieil homme je brûlerai encore des scories qui persistent à entacher la croute de mon ego.

- Les anciens, parvenus en fin de terre, espéraient embarquer sur l’océan vers l’île de la connaissance cachée. Pour espérer récolter la pomme de la connaissance ou l’antimoine cher aux alchimistes et ainsi continuer leur œuvre vers l’éternité. L’océan détenait, prétendait- on, les clés de transformation de la matière.

- C’est là, face à l’océan, « immobile, silencieux et aligné » en communion totale avec la terre et le ciel, que j’attends la renaissance du Soleil, qui nourrira mon désir de marcher et apprendre encore plus que je n’ai marché et appris !


- Ma main saisit une coquille, de l’eau de vie s’en écoule, et je retrouve en les contemplant toutes ces nervures qui dessinent des différents chemins, qui se réunissent pour se fondre en un seul lieu, un creuset, un creuset de lumière. Ce creuset de lumière et de chaleur est témoignage de l’épurement de la matière et de la libération de l’esprit du chemin. Ce creuset est le lieu du Cœur.

- Face à l’océan, je ne suis pas seul ! je me sens entouré de tous ceux qui depuis le fonds des temps ont effectué les mêmes gestes et construit la tradition et l’histoire du chemin lui conférant une dimension universelle et mythique.

- Ultreia, plus loin allons ! Suseia, plus haut allons !

- Buen camino, !

P BAILLET, le 06/01/2012
Bibliographie :
- Guide spirituel des Chemins de Saint jacques, Gaële de La Brosse, Presses de la Renaissance
- Films « Le voyage alchimique » de Georges Combes- Patrick Burensteinas-PGA Films.
- Le Pèlerin de Compostelle Paolo Coelho
-       Film Saint Jacques - La Mèque
- Blog : http://pierre-compostelle.blogspot.com

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