lundi 7 mai 2012

Refaire quelques pas sur le Chemin... Fin avril 2012!


 « Plongé dans l’inconnu, le pèlerin doit se laisser faire par les évènements, être ouvert à des rencontres peu communes, apprendre à tenir, retrouver l’essentiel en affrontant un relatif dénuement… Bref entrer dans une aventure spirituelle hors norme. En pratiquant le camino avec humilité et ouverture d’esprit, une part de mystère cachée au plus profond de soi, s’éclaire et, parfois, le véritable sens de son existence se révèle. » Audrey FERRARO, un amour de camino, www.publibook.com

En cette fin d’avril 2012, j’ai la chance d’aller marcher avec mon ami Francis entre Saint Jean Pied de Port et Pampelune sur le Chemin de Compostelle. Trois étapes, Roncevaux, Zubiri, Pampelune.
Après une soirée et nuit passées à Saint Michel dans un hôtel des plus accueillants (http://www.xoko-goxoa.com) le départ se fait tôt en ce vendredi 27 avril.
 La porte Saint Jacques accueille toujours les pèlerins, la rue de la Citadelle leur délivre le tampon du départ, l’église Notre Dame du Pont leur permet un dernier moment de recueillement. La tour et la porte Notre Dame  les projettent vers le Pont vieux. Jean le Baptiste, la canne en main droite, et l’agneau de lumière, encouragent le pèlerin, à son passage sous la porte. La vierge et l’enfant regardent l’éloignement du cheminant. Le pont roman franchit la Nive et pousse les pèlerins vers la porte d’Espagne. Le chemin des Pyrénées ! La porte d’Espagne est alors la troisième et dernière porte à franchir !

 D’abord une montée dans le brouillard vers Huntto, le refuge Orisson, la Vierge de Biakorri, la croix Thibaut, le col de Bentartre, le col Lepoeder. Le temps n’est pas au rendez-vous mais peu importe ! Les pèlerins sont là, nombreux. Nous avons fait le voyage vers Saint Jean Pied de Port en train et entre Bayonne et Saint Jean le train était complet de pèlerins venus de divers horizons dont la Suède et la Corée du Sud. Si l’on en croit les statistiques la période propice au pèlerinage de Compostelle démarre (170 à 200 pèlerins par jour à l’Accueil du 39 rue de la Citadelle début mai 2011). La visibilité devient réduite à son minimum et il n’est pas question de contempler le paysage ou les troupeaux de brebis, dont Audrey FERRARO dit qu’elles ont « faces noires et cornes en guidon de course ». 

Arrivé au sommet de Lepoeder, le ciel fait l’effort de  nous offrir quelques vues fugaces de la Collégiale de Roncevaux (« les immenses toits gris… ») et du village de Burguete. En marchant j’ai le sentiment d’être en terrain connu ! Et Francis est tout à fait à l’aise sur ce Chemin ! Tout au plus a-t-il parfois quelques difficultés à trouver le bon niveau de serrage de ses lacets. Et puis une descente parmi « l’imposante hêtraie ». Et à ce moment le ciel s’éclaire enfin ! Roncevaux nous accueille. Au total environ 1200m de dénivelées dans un site plein de majesté, porté par les divers mythes ou légendes qui entourent Charlemagne et Roland à travers la bataille de Roncevaux.
NOTA : d'un auteur inconnu la chanson de Roland est une chanson de geste datant du XI siècle. Composé de 4000 vers, ce poème raconte, basé sur des faits historiques, le massacre de l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne au col de Roncevaux, le 15 août 778.

« Car Roland sent que la mort est proche :
Par les oreilles lui sort la cervelle.
Pour ses pairs il prie que Dieu les appelle,
Et pour lui-même implore l'ange Gabriel.
Prenant son olifan dans une main, et Durandal son épée ;
De plus d'une portée d'arbalète Il s'avance vers l'Espagne.
Au sommet d'un tertre, sous deux beaux arbres
Il y a quatre blocs de marbre luisant;
C'est là qu'il tombe à la renverse, sur l'herbe verte;
Il s'est évanoui, la mort est proche.
Roland frappe sur une roche bise ;
Il en abat plus que je ne saurais dire;
L'épée grince, mais ne s'ébrèche ni se brise, rebondissant en l'air.
Quand le comte voit qu'il ne la brisera pas,
Il la plaint bien tendrement en se parlant à lui-même :
Ah, Durandal, comme tu es bonne et sainte !
Dans ton pommeau d'or sont de nombreuses reliques,
Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile,
Des cheveux de monseigneur saint Denis,
Du vêtement de sainte Marie;
II n'est pas juste que des païens te possèdent, c'est de chrétiens que tu dois être honorée.
Que de vastes terres avec toi j'aurais conquises,
Que tient Charles, qui a la barbe fleurie ! L'empereur est puissant et riche.
Ne soit jamais l'épée d'un couard !
Que Dieu ne permette pas à la France telle honte !
Roland sent que la mort l'entreprend,
Et dans la tête et le coeur lui descend.
Dessous un pin il va courant
Et sur l'herbe verte s'allonge,
Plaçant sous lui épée et olifan,
Et regardant vers la grande Espagne;
Ainsi fait-il parce qu'il veut que Charlemagne et tous ses soldats de son armée
Disent que le noble comte est mort en conquérant.
Il bat sa coulpe de tous ses péchés,
Et pour leur rémission, offre à Dieu son gant.
Le comte Roland est couché sous un pin,
Il s'est tourné vers l'Espagne.
De tant de choses il se souvient :
Des terres conquises pour douce France,
De ceux de son lignage,
De Charlemagne, son seigneur qui l'éleva,
Et des français dont il est si aimé.
Ne peut s'empêcher de pleurer et de soupirer.
Mais il ne veut pas se mettre en oubli;
II bat sa coulpe, implore de Dieu merci.
« Vrai Dieu, qui jamais ne mentis
Qui a ressuscité saint Lazare d'entre les morts,
Qui a préservé Daniel des lions,
Préserve mon âme de tous les périls
Pour les péchés que j'ai fait en ma vie.»
Il offre son gant droit à Dieu,
Et saint Gabriel le prend de sa main.
La tête inclinée sur son épaule,
Les mains jointes, il expira.
Dieu lui envoya son ange chérubin
Et saint Michel du Péril en mer;
Saint Gabriel vint aussi,
Pour emporter l'âme du comte en Paradis. »

Sur le chemin j’ai emporté le roman d’Audrey FERRARO, « un amour de camino »,  roman que j’ai beaucoup apprécié (www.publibook.com) ce qui me permet d’approfondir le texte, au soir des étapes !
Soirée à Roncevaux, la Collégiale royale, la chapelle de Santiago, la chapelle Sancti Spiritu (ou le Silo de Carlomagno), la croix de Roncevaux, la Vierge à l’enfant (« Vierge des douleurs aux larmes d’argent° » … et Casa Sabina pour la traditionnelle bière et aussi pour El Menu del peregrino !

Il n’est pas 8H, lorsque le samedi matin nous quittons Roncevaux pour Zubiri ! et il pleut abondamment. Poncho oblige ! Le chemin est gorgé des eaux de cette fin d’Avril et voilà qu’entre Burguete et Espinal un ruisseau débordant des excès de pluie empêche toute avancée et bloque la caravane des pèlerins. Retour arrière vers Burguete et emprunt de la route nationale. Le chemin se confond alors avec deux côtés d’un triangle rectangle et non plus avec une hypoténuse. Il est donc plus long.
Enfin Espinal, Viscarret et la montée vers Carrovide, à 909m d’altitude avant de redescendre vers le Rio Arga et atteindre Zubiri. Pas question de prendre beaucoup de photos en cette journée ! au risque de détruire l’appareil ! Le ciel est trop chargé pour libérer une quelconque luminosité. Nous arrivons vers 14H30 à Zubiri et avant de rentrer à l’hosteria, nous enlevons notre poncho, nos chaussures et pénétrons en chaussettes pour ne pas salir ! la personne qui nous accueille à la réception apprécie.
Les chambres sont chauffées, tout le linge est étalé pour qu’il puisse sécher ! Privilège de l’hôtel sur le refuge où il est difficile de faire sécher le linge mouillé, voire de bien soigner ampoules et douleurs.
° selon une légende, elle apparut « signalée par un cerf portant une étoile qui brillait dans sa ramure » cf : http://www.yvon-boelle.com (Sur les Chemins de Compostelle, Editions Ouest France, Patrick HUCHET, Yvon BOELLE)

Après une nuit réparatrice, départ de Zubiri à 8H. .
La marche se fait au contact permanent des excès d’eau libérés par la nature. Pourtant il ne pleut pas. L’étape se déroule le long de l’Arga.
L’arrivée au pont d’ARRE annonce la périphérie de Pampelune, « les grands hangars industriels accompagnent les 2 amis jusqu’aux portes de la grande ville » et quelques instants plus tard le Pont de la Madeleine les accueille sous un soleil radieux.
Après le silence, voici la ville et ses nuisances…
Il est 14H
Devant l’hôtel, les 2 cheminants défont leurs chaussures, rangent les éléments mouillés ou sales dans le couvre sac et pénètrent à la réception…
Les 3 étapes sont terminées, il convient alors d’apprécier ce qui s’est passé au cours des 3 journées !
Rien de tel qu’une découverte en soirée de la vieille ville, avec nos compagnes, venues nous retrouver en ce dimanche après midi 30 avril !



















1 commentaire:

  1. Trois très belles étapes pour faire connaissance avec "el Camino" et ses peregrinos ... venus parfois de très loin ...
    Ce n'est qu'un début, je l'espère ... mais le chemin sera long ...
    Merci Pedro ...

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