dimanche 21 août 2011

Les premiers jours entre Le Muret et Cauneille.... Les premières ampoules.


Etape Le Muret – Cap de Pin, 17 août, 32 kms, 8h20, temps très chaud.
Il est 6h 50 lorsque mon frère, ancien pèlerin de Saint Jacques, me souhaite un « bon chemin ». Nous sommes au Muret, au bord d’un chemin, que ses pas ont fréquenté en Mai 2008.
…10h17, S’écarter du chemin tracé par les pas de l’histoire conduit à un risque d’erreur ou d’égarement. Il convient donc d’être vigilant, patient, persévérant, et de rester dans l’axe du chemin. Tous les pas inutilement effectués accélèrent les processus de confusion chez le marcheur (fatigue, anxiété, « panique »). Rester maître de ses pas, car chacun des pas est en soi une épreuve.
…10h25, apprendre à voir dans l’ombre, à déceler la lumière de l’ombre, pour garder l’espoir du chemin.

Etape Cap de Pin – Lesperon, jeudi 18 août, 25 kms, 6H15, toujours très chaud.
…6h50, aujourd’hui je vais essayer de corriger mes erreurs d’hier :je vais faire moins de kms, faire plus de poses, manger plus régulièrement, bien intégrer qu’il ne faut surtout pas se précipiter…S’économiser car je réalise que mon corps n’a plus l’âge des marathons, et qu’il n’a plus 30 ans, 40 ans, 50 ans, 60 ans…Il est devenu fragile et sensible à tous les excés.
…8h18, que de longues lignes droites, sans fin,  intolérables, intolérantes, exacerbantes ! Sont-elles nécessaires pour préparer une vraie découverte au sortir d’un virage, à l’entrée d’un village ?
Elles obligent le marcheur à un dialogue permanent avec lui, avec sa pensée, son esprit, son corps, avec les signes que ce même corps lui envoie, lui rappelant qu’il est le «  moteur » et qu’il doit être préservé.
…10h17, S’écarter du chemin tracé par les pas de l’histoire conduit à un risque d’erreur ou d’égarement. Il convient donc d’être vigilant, patient, persévérant, et de rester dans l’axe du chemin. Tous les pas inutilement effectués accélèrent les processus de confusion chez le marcheur (fatigue, anxiété, « panique »). Rester maître de ses pas, car chacun des pas est en soi une épreuve.
…10h25, une séquence de pas mal gérée peut remettre en cause tout le projet, tout l’édifice, et interdire l’accès au but final.
…La pluie de la nuit a rafraichi l’atmosphère, la température est plus propice à la marche. Le soleil tarde à écraser la forêt, les brumes du matin entretiennent encore l’illusion que le temps restera agréable au marcheur…
… Le chemin est un contact permanent avec la nature et avec les éléments naturels que sont Terre, Air, Eau…
…10h51, en fait c’est le corps qui décide. La volonté est nécessaire mais pas suffisante.            La volonté d’harmonie entre le corps est l’esprit n’est pas garantie…Le chemin c’est la découverte des forces et faiblesses de son corps…
…12h, fatigue, repliement sur soi, regard porté sur le plus près de soi, par peur de ne jamais déceler au loin l’issue attendue, bras repliés sur la poitrine pour se protéger...
…13h15, enfin, Lesperon
…21h30, pour le moment, je n’ai rencontré qu’un pèlerin, vers Labouheyre, hier, un allemand.
NB : Alors, les rencontres avec les autres, c’est le soir en gite, maison d’hôtes, hôtel, accueil pèlerin. Dans tous les cas, l’autre aime raconter son chemin : c’est un projet professionnel pour une jeune étudiante en job d’été, la description de son métier pour la propriétaire d’une maison d’hôtes, pour une hospitalière d’un accueil pèlerin…Généralement l’autre éprouve une joie à décrire son projet, son « chemin » qui fait le sens de sa quête.
En s’effaçant derrière la parole de l’autre, l’autre est valorisé…Le silence de l’un libère l’élan de parole chez l’autre…Chaque rencontre est ainsi une petite lumière…

Etape Lesperon – Saint Paul les Dax, vendredi 19 août, 35kms, 7h30, temps très chaud. 
Hier soir j’ai découvert 2 grosses ampoules crevées sous mes pieds, une à chacun des pieds et au même endroit…Va falloir gérer… car le pied c’est une partie déterminante du moteur…
…6h5O…le chant d’un coq,  le bruit d’un camion, j’espère que la journée me sera favorable car elle sera longue, je veux arriver à Dax. On va voir.
…7h00… les cloches de l’église sonnent et me rassurent…le chemin est une suite de signes. Une flèche d’or sur fonds bleu  pour la direction, fine ou en forme de maison accueillante. Une coquille dont les nervures dessinent des doigts ouverts à autrui. Des horizontales blanches et rouges. Des équerres pour signaler des changements de direction. Des croix pour protéger de l’erreur. Des signes qui annoncent que l’on est sur le chemin
... 7h50, je franchis pour la dernière fois la RN10 et son mur de camion. Simple piéton, je dis au revoir à ce fameux corridor Sud Europe Atlantique, et au bruit…Je vais découvrir un autre univers que la forêt, le maïs, le bitume…
…9h08, revenir dans le chemin, revenir dans la méthode…Ne pas trop innover car l’égarement est proche, et tous les pas comptent…
…10H48,  les tournesols de fin août baissent la tête, lourds du fruit du soleil. Fin juillet, dans le Gers, je me souviens qu’ils suivaient encore le soleil.
…10h55, « Bonjour », « Bon camino », disent les cyclistes ou piétons landais…Sur la route étroite, sans à cotés praticables à pied, le marcheur doit sans cesse quitter le bord de route pour laisser passer les voitures et camions.
…13h, pour moi, l’heure de marche la plus dure est la septième, heure de la maitrise, autrement dit l’après 13h.
…La ville de Saint Paul les Dax est proche mais paraît inaccessible tant les pas sont lourds et lents.
…14H30, l’accueil pèlerin près de l’Eglise de Saint Paul, grande qualité d’accueil, de fait je serai seul au gite ce soir.
Don Helder Camara : « Sortir de soi, Briser la croute d’égoïsme qui essaye de nous emprisonner dans notre propre moi comme si on était le centre du monde. S’ouvrir aux idées y compris celles qui sont contraires aux autres.  Le grand voyage suppose des compagnons qui partagent le même pain… » Extrait de : Le désert est fertile.

Etape Saint Paul les Dax – Cauneille, samedi 20 août, 32 kms, quasiment 8h, très très chaud…
Cette étape aura un caractère spécial car ce soir je retrouverai Brigitte qui viendra soigner mes différentes plaies.
Le soleil ne m’a pas fait de cadeau : le purpura d’effort apparaît, des irritations aux creux de l’aine
h40, la ville s’éveille, l’odeur des viennoiseries…les derniers fêtards vont se coucher…et je me perds dans Dax. Moralité, 1h45 pour retrouver le chemin.
…9h30, beaucoup de brouillard, forêt de chênes, châtaigniers, champs de maïs…
…Tiens un champ de vignes, du vin blanc,…
…C’est fou le nombre de véhicules de la poste que l’on côtoie sur la partie bitumée du chemin. Très généralement, le marcheur a droit à un geste de sympathie.
…Faire les pas en ordre, dans l’ordre…
12h47, J’aperçois les Pyrénées pour la première fois. Mon frère m’avait prévenu que le relief vallonné de l’étape favorisait leur vue par temps clair. Je suis sur le chemin de Cauneille au sud de Cagnotte.
En passant à Bedat, j’ai eu une pensée pour un ami, ancien collègue de métier.
…13h17, des cailloux, des pierres, des graviers du bitume, des lignes droites sans fin, sans espérance immédiate. Où sont les vrais sentiers ? Et pourtant il est dit qu’au bout, il y a une étoile. Pour la première fois, je m’appuie sur mon bâton. J’en ramasse un autre sur le chemin, et me voici avoir besoin des 2 bâtons pour soutenir mon effort.
…14h10, Enfin, du bruit, l’espérance d’une grande route, l’ancienne RN 117.
…14H30, carrefour avec la RD 22, route de Labatut, Saint Criq du Gave…
Le reste de la journée est placé sous le signe des pansements : les ordonnances ou conseils d’Idris R et Catherine sont déclinés par Brigitte qui me convaincra de faire un temps de pause le dimanche compte tenu des températures annoncées et de l’état de mes pieds.
Visite de l’Abbaye de Sorde, d’Arthous, et reconnaissance en voiture de la partie bitumée de la prochaine étape entre Peyrehorade et Saint Palais.
A ce stade du chemin, je dois dire que je n’avais pas imaginé de telles blessures au pied…


2 commentaires:

  1. Nous t'avons accompagner, un peu, à notre manière en marchant sur les chemins auvergnats....mais visiblement notre effort a été sans commune mesure avec tes longues étapes très ensoleillées sur le bitume landais et son interminable traversée ! Demain nous serons au Puy en Velay...et nous penserons bien fort à toi en espèrant que cette journée de repos t'aura redonné les pieds pour atteidre ta nouvelle étape. Biisseess, les Bubu.

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  2. Bonjour Pierre,
    Avec Marco on te suit de jours après jours sur les routes de France! Tu ne pensais pas que tu allais devoir subir cette chaleur si pénible ! Ici à Satigny il fait
    chaud,trop chaud!
    Les obstacles et les difficultés ne sont là que pour tester notre déterminations.Seule la victoire est belle!
    Gag:
    1 ambulance suisse passe au loin et sa sirène te dit " Tiens bon,tiens bon!"
    Un tas de pensées positives et de gros bisous. Bello et Marco

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