lundi 6 mai 2013

Le Camino del Norte, vu par JC RUFIN, « Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi. »

Notes prises en écoutant l’interview de JC RUFIN par Claire CHAZAL sur Radio classique, le 20/04/2013.

« Ce n’était pas un rêve, j’ai eu besoin de faire une coupure, de m’abstraire ! Dès lors que l’on touche à cette affaire-là, c’est un virus, le chemin vous conduit vers lui, vous pousse, vous tire. Ce diable de chemin, c’est un peu sacrilège, a un côté diabolique ! Même si on en a marre, il vous happe, il n’est alors plus question de ne pas aller au bout! »
«  Marcher tous les jours pendant 30 à 40 kms, une espèce de monotonie apparente mais qui recouvre une diversité, on s’ouvre à cette diversité. »
«  J’avais passé 3 années un peu artificielles. L’ambassadeur de France au Sénégal, c’est un peu le Reine d’Angleterre. »
« Le chemin c’est se déprendre d’un certain nombre de charges, l’acceptation du dépouillement, la réconciliation avec soi-même. Au lieu de subir, on s’accorde. »
«  Je ne prenais pas de notes. Le travail de la mémoire est un travail créatif et affectif. Les notes ne servent à rien. On retrouve les choses importantes, et avec les guides, tout revient. »
« Sur les 800 kms d’Hendaye à Compostelle, le paysage n’est pas là pour faire plaisir au pèlerin. Il est la vie, comme le chemin. Le subir fait partie de l’épreuve. Ce qui m’a le plus séduit c’est le Pays basque qui s’est protégé du boom immobilier. Mais des villages se vident, des lotissements n’ont pas de clientèle, en marchant aux pas, on s’imprègne, c’est la vie, c’est un peu la mort aussi, c’est très poétique, j’ai beaucoup aimé.»
«  Chaque jour on porte sur le dos, dans le sac, la mochilla, notre monde, notre vie. Le choix des éléments transportés renvoie à des choses très profondes. Chacun réagit avec ses peurs : le poids concentre les peurs. On finit par ne plus avoir que l’essentiel. C’est une forme de clochardisation sociale (elle se fait en groupes et donc elle a des limites). Elle se poursuit après le retour. Le pèlerin vide les choses superflues même dans sa vie. »
« Si c’est possible, il faut faire ce chemin le plus long possible dans la continuité, seul. Car il y a des transformations qui s’opèrent et qui ne peuvent pas se produire autrement. »
« La solitude ne m’a pas pesé, elle aide à porter le sac à dos. »
« Avec le détachement, on communique différemment : c’est un peu benêt, on est un peu stupide, il y a une facilité, un naturel, mais c’est assez superficiel aussi, à l’image de 2 sangliers qui se rencontrent dans une forêt. Mais il y a aussi de vraies rencontres sur le camino del Norte. »
«  La première semaine le corps parasite la pensée. Où vais-je bouffer ? Quid de cette ampoule ? Où vais-je trouver de l’eau ? Puis, je me raccroche aux Eglises, aux monastères. Mais on touche aussi à l’overdose. Il y a alors le détachement. On se rend compte que ce n’est pas nécessaire de penser en permanence. Le pèlerinage a un côté bouddhiste dans son essence. Il vous prépare, vous rend perméable à un approfondissement spirituel, qui se fait en fonction de vos croyances. Ce n’est pas un chemin de Damas. »
«  Le chemin allait me convaincre, pour ne pas dire me vaincre. Cela m’a aidé à me satisfaire d’avoir une seule vie. C’est une sorte d’apaisement par rapport à soi-même. Vous n’avez qu’un chemin, vous devez accepter son terme, il n’y a qu’une vie. On revoit, on revit les choses et on les accepte surtout.
«  Cela me permet de résister à la tentation. Je suis plus exigent. Je ne veux plus être en représentation. Est- ce que j’ai envie de mettre ça dans un sac à dos ! Comment remplir son sac à dos ? »


Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Vos observations:

Article publié le plus récemment:

Récapitulatif statistique des chiffres à Santiago et Saint Jean Pied de Port:2000-2019

 Les graphiques présentés sont issus des données diffusées par le Bureau des pèlerins à Santiago ou l'Accueil des Amis du Chemin de Sain...