“ En choisissant
d’accomplir le camino, l’homme qui se mue peu à peu en pèlerin devient le
maillon d’une grande chaîne, celle du Chemin des étoiles où tant de gens ont
marché avant lui et que d’autres emprunteront après. Ce dénominateur commun à
tout pèlerin de Compostelle est une force pérenne sur laquelle il pourra se
reposer, lorsque les turpitudes du quotidien lui joueront un mauvais
tour ».
Audrey Ferraro, « un amour de
camino », www.publibook.com
… « J’ai compris ce
que cette expérience m’avait apporté. Aujourd’hui cette compréhension est ce
que je possède de plus précieux : l’extraordinaire se trouve sur le chemin
des gens ordinaires. Elle me permet de courir tous les risques pour aller au
bout de ce en quoi je crois. »…
Paulo Coelho, « Le Pèlerin de
Compostelle », www.jailu.com
Que reste-t-il de tous ces pas accomplis sous le
soleil ou sous la pluie, de tout ce temps, passé seul ou en groupe, de tous ces lieux traversés, de tous ces êtres
croisés ?
Tandis que le cheminant, au terme de son voyage,
dépose bourdon, calebasse et besace, sa pensée repart bien vite sur le Chemin, dont
il revoit et revit la suite de pas accomplis dans un environnement de signes, au
service de divers dialogues. Des pas, débouchant sur la découverte de l’Esprit
du chemin, et du Souffle qu’il libère. Des pas, qui au terme du voyage servent d’élan
et d’impulsion à un nouveau saut vers une quête éternellement insaisissable !
Bref, des pas pour se « construire » et
donner du Sens !
v
Des pas parmi des signes de soutien et d’accueil mais aussi parfois d’épreuve. Les premiers sont par exemple incarnés par les hospitaliers,
chrétiens ou laïcs qui garantissent chaque soir un coucher dans les Albergues et accueillent avec
fraternité chacun ! Ils le sont aussi par la flèche jaune d’or sur fonds bleu qui indique la
direction, guide et rassure. Les seconds sont
les signes d’épreuve physique ou morale induits par les difficultés du parcours !
Le Chemin sollicite le corps qui réagit, envoie des messages de souffrance,
oblige à une maitrise des pas ou des pensées, et à un dépassement des épreuves
infligées !
v
Des pas parmi des signes « monumentaux »
et culturels. Le marcheur, remonte les siècles et embrasse ou découvre l’héritage
transmis par les aînés et grands aînés à travers les croyances, traditions, actes,
constructions, monuments…. Parmi ces signes figurent bien sûr les références
permanentes à la Foi en Dieu, à la Croix du Christ, à la Vierge Marie, à Jacques.
Les chapelles, églises, cathédrales, ponts, portes, témoignent.
Mais aussi les signes préchrétiens, alchimiques,
légendaires… relatifs aux hommes, à la Vie, à la Mort, à la capacité de chacun
à donner du Sens ! Le sanctuaire d’Eunate et son ancienne Vierge noire
couronnée d’or, le Christ en majesté d’Estella et la pierre cubique tenue en sa
main gauche, les têtes de Mors et d’Eternitas de Castrojeriz, la Croix de Fer
fichée en haut d’un mât de bois à Foncebadon, la Vierge noire d’O Cebreiro, le
Monte Do Gozo, les calvaires, le Portail de Gloire à Santiago, la présence
d’Hercule et des deux lions au pied de l’arbre de Jessé, les représentations de
Jacques Apôtre devenu guerrier, sont autant d’exemples de signes incitateurs à
un travail de questionnement, pour déchiffrer, approfondir et aller au-delà des
apparences !
v
Des pas, au service d’un dialogue
avec la Nature : la terre,
l’air, le vent, les éclairs, l’eau, le guide soleil, la lune, la voûte étoilée,
les paysages, les arbres, les fruits, les cultures, la flore, la faune... C’est
l’éveil ou le réveil des Sens au milieu de la poussière ! Le voir,
l’entendre, le toucher, le goûter, le sentir ! Comment oublier « le
langage » du châtaignier de Triacastela, de celui d’entre Sarria et
Barbadelo, du vieux chêne creux près du calvaire à Ligonde ? Comment oublier
les couleurs du chemin ?
v
Des pas et un dialogue avec Soi !
C’est le temps du travail sur Soi, en Soi ! Aller au plus profond de soi
pour « mettre de l’ordre » et pouvoir s’élever ! Découvrir la « dépossession »
et accepter d’Avoir moins pour Être plus ! C’est la découverte du silence
et de sa force ! Le chemin rend
muet ! Le silence devient parole ! La plus forte des paroles. Il
favorise alors écoute, méditation, prière chez celui porté par la Foi.
v
Des pas avec l’Esprit, l’Esprit du
chemin ! Comme le précise « le Guide spirituel des chemins de
Saint Jacques » (Gaële de La Brosse, « presses de la Renaissance »)
en faisant passer l’être de l’ordre de la matière à l’ordre de l’esprit, le
chemin devient Esprit et il existe un Esprit du chemin. De mon point de vue, cet
esprit dépasse les différentes formes de spiritualité, religieuse ou laïque, il
les transcende et les unit, tout comme il réunit âme et corps. Ainsi, il
témoigne d’un pouvoir éthique qui nous révèle le besoin de l’Autre et nous conduit
vers le Cœur de l’Autre. Qu’est-ce que la coquille sinon l’union de divers
chemins en un creuset de lumière, le Cœur ou l’Amour ! N’est-ce pas le
sens des multiples rencontres faites en chemin, abolissant « les barrières
sociales, confessionnelles, de sexe, âge ou autres » ? N’est-ce pas
le sens de la joie et de l’émotion portée par chacun ! Le chemin valorise
la partie la plus noble de l’Être, en le préparant à « la paix des cœurs »,
au partage et à la tolérance !
v
Des pas pour mieux prendre un nouvel élan !
celui impulsé par le Chemin lui-même,
son « souffle » et par Compostelle, objectif initial devenu à l’issue
du voyage simple étape ! l’histoire de l’humanité, la généalogie du temps,
figurée sur l’arbre de Jessé, sur le Portail de la Gloire, à travers la force
d’Hercule, la beauté de l’architecte Mateo, la sagesse et spiritualité de tous
les initiés dont l’initié suprême, poussent le pèlerin à aller au-delà ! « Poursuis
ta quête encore plus vers l’ouest » ! Va au plus près de l’océan, en
fin de terre, pour mourir avec le soleil et renaître « afin de nourrir ton
désir de marcher et apprendre encore plus que tu n’as marché et appris ! ».
Va, Compostelle n’est qu’une étape !
Le chemin des étoiles, c’est un peu tout cela, une
suite de pas, du temps, de la persévérance, des lieux différents, entre Orient
et Occident, Levant et Couchant. Sur ce chemin initiatique, le marcheur,
cheminant ou pèlerin, a le privilège d’évoluer en quelque sorte au sein d’un « laboratoire » !
Fort d’humilité il sait qu’il reste une « poussière d’étoile ».
Une poussière parmi la trace, la chaîne, de tous ceux qui dans l’histoire ont
marché sur le Camino ! Une poussière parmi les 180 000 hommes ou
femmes, plus de 100 nationalités différentes, qui cheminent actuellement chaque
année vers Compostelle ou Fisterra (statistiques 2011 selon l’accueil
Saint Jacques à Saint Jean Pied de Port)!
Une poussière qui désormais s’efforcera de mieux
observer les signes, de favoriser les dialogues, d’être fidèle à l’esprit du
Chemin, et de garder le goût de l’élan ! pour entretenir la lumière née du
Chemin.
Pierre BAILLET
![]() |
L'étoile sur le Tombeau de l'Apôtre |
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L'étoile sous le tombeau de l'Apôtre |
Chaussures présentées à l'exposition "Codex Calixtinus" septembre 2012 |
Chaussures présentées à l'exposition "Codex Calixtinus" septembre 2012 |
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