lundi 17 septembre 2012

El Camino, une suite de pas, pour quoi faire ?


“ En choisissant d’accomplir le camino, l’homme qui se mue peu à peu en pèlerin devient le maillon d’une grande chaîne, celle du Chemin des étoiles où tant de gens ont marché avant lui et que d’autres emprunteront après. Ce dénominateur commun à tout pèlerin de Compostelle est une force pérenne sur laquelle il pourra se reposer, lorsque les turpitudes du quotidien lui joueront un mauvais tour ».
Audrey Ferraro, « un amour de camino », www.publibook.com

… « J’ai compris ce que cette expérience m’avait apporté. Aujourd’hui cette compréhension est ce que je possède de plus précieux : l’extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires. Elle me permet de courir tous les risques pour aller au bout de ce en quoi je crois. »…
Paulo Coelho, « Le Pèlerin de Compostelle », www.jailu.com

Que reste-t-il de tous ces pas accomplis sous le soleil ou sous la pluie, de tout ce temps, passé seul ou en groupe,  de tous ces lieux traversés, de tous ces êtres croisés ?
Tandis que le cheminant, au terme de son voyage, dépose bourdon, calebasse et besace, sa pensée repart bien vite sur le Chemin, dont il revoit et revit la suite de pas accomplis dans un environnement de signes, au service de divers dialogues. Des pas, débouchant sur la découverte de l’Esprit du chemin, et du Souffle qu’il libère. Des pas, qui au terme du voyage servent d’élan et d’impulsion à un nouveau saut vers une quête éternellement insaisissable !
Bref, des pas pour se « construire » et donner du Sens !

v  Des pas parmi des signes de soutien et d’accueil mais aussi parfois d’épreuve. Les premiers sont  par exemple incarnés par les hospitaliers, chrétiens ou laïcs qui garantissent chaque soir un coucher dans les Albergues et accueillent avec fraternité chacun ! Ils le sont aussi par la flèche jaune d’or sur fonds bleu qui indique la direction, guide et rassure. Les seconds sont les signes d’épreuve physique ou morale induits par les difficultés du parcours ! Le Chemin sollicite le corps qui réagit, envoie des messages de souffrance, oblige à une maitrise des pas ou des pensées, et à un dépassement des épreuves infligées !

v  Des pas parmi des signes « monumentaux » et culturels. Le marcheur, remonte les siècles et embrasse ou découvre l’héritage transmis par les aînés et grands aînés à travers les croyances, traditions, actes, constructions, monuments…. Parmi ces signes figurent bien sûr les références permanentes à la Foi en Dieu, à la Croix du Christ, à la Vierge Marie, à Jacques. Les chapelles, églises, cathédrales, ponts, portes, témoignent.
Mais aussi les signes préchrétiens, alchimiques, légendaires… relatifs aux hommes, à la Vie, à la Mort, à la capacité de chacun à donner du Sens ! Le sanctuaire d’Eunate et son ancienne Vierge noire couronnée d’or, le Christ en majesté d’Estella et la pierre cubique tenue en sa main gauche, les têtes de Mors et d’Eternitas de Castrojeriz, la Croix de Fer fichée en haut d’un mât de bois à Foncebadon, la Vierge noire d’O Cebreiro, le Monte Do Gozo, les calvaires, le Portail de Gloire à Santiago, la présence d’Hercule et des deux lions au pied de l’arbre de Jessé, les représentations de Jacques Apôtre devenu guerrier, sont autant d’exemples de signes incitateurs à un travail de questionnement, pour déchiffrer, approfondir et aller au-delà des apparences !

v  Des pas, au service d’un  dialogue avec la Nature : la terre, l’air, le vent, les éclairs, l’eau, le guide soleil, la lune, la voûte étoilée, les paysages, les arbres, les fruits, les cultures, la flore, la faune... C’est l’éveil ou le réveil des Sens au milieu de la poussière ! Le voir, l’entendre, le toucher, le goûter, le sentir ! Comment oublier « le langage » du châtaignier de Triacastela, de celui d’entre Sarria et Barbadelo, du vieux chêne creux près du calvaire à Ligonde ? Comment oublier les couleurs du chemin ?

v  Des pas et un dialogue avec Soi ! C’est le temps du travail sur Soi, en Soi ! Aller au plus profond de soi pour « mettre de l’ordre » et pouvoir s’élever ! Découvrir la « dépossession » et accepter d’Avoir moins pour Être plus ! C’est la découverte du silence et de sa  force ! Le chemin rend muet ! Le silence devient parole ! La plus forte des paroles. Il favorise alors écoute, méditation, prière chez celui porté par la Foi.


v  Des pas avec l’Esprit, l’Esprit du chemin ! Comme le précise « le Guide spirituel des chemins de Saint Jacques » (Gaële de La Brosse, « presses de la Renaissance ») en faisant passer l’être de l’ordre de la matière à l’ordre de l’esprit, le chemin devient Esprit et il existe un Esprit du chemin. De mon point de vue, cet esprit dépasse les différentes formes de spiritualité, religieuse ou laïque, il les transcende et les unit, tout comme il réunit âme et corps. Ainsi, il témoigne d’un pouvoir éthique qui nous révèle le besoin de l’Autre et nous conduit vers le Cœur de l’Autre. Qu’est-ce que la coquille sinon l’union de divers chemins en un creuset de lumière, le Cœur ou l’Amour ! N’est-ce pas le sens des multiples rencontres faites en chemin, abolissant « les barrières sociales, confessionnelles, de sexe, âge ou autres » ? N’est-ce pas le sens de la joie et de l’émotion portée par chacun ! Le chemin valorise la partie la plus noble de l’Être, en le préparant à « la paix des cœurs », au partage et à la tolérance !


v  Des pas pour mieux prendre un  nouvel élan ! celui impulsé par le Chemin lui-même, son « souffle » et par Compostelle, objectif initial devenu à l’issue du voyage simple étape ! l’histoire de l’humanité, la généalogie du temps, figurée sur l’arbre de Jessé, sur le Portail de la Gloire, à travers la force d’Hercule, la beauté de l’architecte Mateo, la sagesse et spiritualité de tous les initiés dont l’initié suprême, poussent le pèlerin à aller au-delà ! « Poursuis ta quête encore plus vers l’ouest » ! Va au plus près de l’océan, en fin de terre, pour mourir avec le soleil et renaître « afin de nourrir ton désir de marcher et apprendre encore plus que tu n’as marché et appris ! ». Va, Compostelle n’est qu’une étape !

Le chemin des étoiles, c’est un peu tout cela, une suite de pas, du temps, de la persévérance, des lieux différents, entre Orient et Occident, Levant et Couchant. Sur ce chemin initiatique, le marcheur, cheminant ou pèlerin, a le privilège d’évoluer en quelque sorte au sein d’un « laboratoire » ! Fort d’humilité il sait qu’il reste une « poussière d’étoile ». Une poussière parmi la trace, la chaîne, de tous ceux qui dans l’histoire ont marché sur le Camino ! Une poussière parmi les 180 000 hommes ou femmes, plus de 100 nationalités différentes, qui cheminent actuellement chaque année vers Compostelle ou Fisterra (statistiques 2011 selon l’accueil Saint Jacques à Saint Jean Pied de Port)!

Une poussière qui désormais s’efforcera de mieux observer les signes, de favoriser les dialogues, d’être fidèle à l’esprit du Chemin, et de garder le goût de l’élan ! pour entretenir la lumière née du Chemin.

Pierre BAILLET


L'étoile sur le Tombeau de l'Apôtre



L'étoile sous le tombeau de l'Apôtre


Chaussures présentées à l'exposition "Codex Calixtinus" septembre 2012


Chaussures présentées à l'exposition "Codex Calixtinus" septembre 2012

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