vendredi 9 septembre 2011

Etape Castrojriz-Fromista

Etape Castrojeriz – Boadilla del Camino – Fromista : 23Kms, 6H, temps chaud.
… il est 6H25 quand je m’élance dans le noir avec la lampe frontale de Jean Luc,
… la voûte étoilée, petitesse vis-à-vis de l’infini,…
… 7H35, le chemin développe une rampe à 12% sur plus de 1000m et ensuite une descente à 18%... entrée en matière délicate… au sommet, 2 jeunes filles font une pause,… décidément certains marchent très tôt…
… 8H, encore un pont,…il y a beaucoup de ponts sur le chemin, ils relient les rives, les hommes de divers champs,  ceux qui les ont construits ont fait le pari du lien entre les hommes…
… j’ai retrouvé le soleil et ce matin, il projette mon ombre très très loin en avant, quel souffle ce soleil…
… plusieurs SMS d’encouragement me sont déjà parvenus et chacun a été apprécié comme un signe…
… très peu de pèlerins…
… 8H34, curieusement, en pleine nature, un vieil homme et deux dames offrent des boissons chaudes, et des fruits, je choisis un café, au demeurant très chaud, et une grosse pomme. Le prix est un « donativo », je laisse 1.5€. Je n’avais pas mangé de pommes depuis bien longtemps… le même phénomène s’était produit entre Saint Jean Pied de Port et Roncevaux.
… dialogue avec la terre, elle s’exprime par son relief, plat ou vallonné, par son revêtement, cailloux ou pierres, sable, bitume, ciment … et dans tous les cas chaque pas doit être accompli avec justesse pour éviter les pièges du sol…
… dialogue avec l’espace, la voûte étoilée la nuit, le ciel le jour, les paysages, une multitude de couleurs à découvrir et apprécier…
… « les sens sont en éveil et s’affinent grâce à la proximité avec la nature »
… les longs silences favorisent un retour sur sa vie, sur des séquences plus ou moins heureuses, sur des actes plus ou moins honorables, sur des échecs. Ils redonnent vie à des scènes, des mots, des acteurs. Et de cette « bouillie » sortent souvent des larmes qui viennent mouiller les yeux… une grande respiration, un retour à l’apaisement jusqu’à la prochaine crise…
… j’ai mal aux bras, les pros vont me dire que je les tiens mal, que l’un est plus haut et différent de l’autre, Bref. Me voici à Boadilla del Camino, et je décide de prolonger sur 6 kms pour atteindre Fromista, j’y serai dans 2H…
… je règle ma consommation d’eau sur la couleur de mes urines…
… sur le chemin, les anciens ont construit les témoignages du sens qu’ils attribuaient à la vie : le respect absolu de Dieu. Leur croyance a multiplié les œuvres d’art. Aujourd’hui, le but du chemin est toujours de construire, mais construire en soi les fondements d’une éthique ouverte à l’autre en toute fraternité…
… je suis dans la sixième heure de marche, et j’essaye de me concentrer sur les signes que m’envoie mon corps, évidemment tous les jours, il en envoie de nouveaux…
… je pense aussi à 2 hommes aujourd’hui disparus et qui m’ont marqué dans ma vie, Jacques J, le référent, et William F, parti vers l’orient éternel, trop tôt… Je les entends, je les écoute, je les touche…
… il est autour de 12H30, et je franchis le canal de Castilla qui ouvre les portes de Fromista…

1 commentaire:

  1. Bonjour Pierre,
    Sais-tu que tu viens de traverser le village des "quatre souris"?
    C'est ainsi que les pèlerins français de l'époque nommaient "Castrojeriz" car ils avaient bien de la peine à prononcer de tels mots.
    Que les quatre petites souris prennent soin de toi, mais je ne suis pas inquiet car le chemin t'a pris, que dis-je t'a emporté, balayé dans un tourbillon d'émotions et de bonheur qui me ravie personnellement. Je t'embrasse fraternellement
    Bernard pèlerin pour la vie

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