samedi 3 septembre 2011

Los Arcos - Santo Domingo


Etape Los Arcos-Logrono, 28kms, 8h.
… 7h20, départ, en espérant que l’inflammation du tendon au niveau du tibia gauche franchira l’épreuve et me permettra de marcher. La première heure se fait avec un professeur de géographie de l’université de Toulouse dont c’est le premier jour de retraite et qui n’a rien trouvé de mieux la veille que de chuter de tout son corps sur le chemin : son visage est criblé de marques de sa chute.
…mais son rythme est trop rapide, je le laisse aller, et puis j’ai envie d’être seul.
… et puis souvent nos discussions renvoient trop à l’ego : « moi je fais ceci, moi cela »…, ce n’est pas l’objet…Comme le disait  le fils de David, roi de Jérusalem, (mais l’a-t-il dit et a-t-il existé ?), bref L’ecclésiaste  « Vanitas, vanitas, tout est vanité » ;
… Je rejoins pourtant un marcheur, en fait un Dromois, acteur du monde agricole, qui m’explique les effets du temps sur les cultures, mais cette fois çi, c’est moi qui marche plus vite que lui.
… peut être veut-il rester seul…
… de « buen camino » en « Olla », 11h30 arrive, je décide une pose pour reposer les pieds et déguster mon bout de pain et mes 2 sardines…recette préconisée par mon frère Jean Marc…un grand ancien du camino avec Jacques…
…En plus ce matin, j’avais fait l’effort de savourer des yaourts, calcium oblige préconisent el Doctor Catherine y el Doctor diététique  Bridget.
… je passe mon temps à écouter autrui et à m’inspirer de leur message. Je ne le respecte pas toujours, mais j’ai besoin de leurs conseils. Le temps que chacun me consacre est un  témoignage. Chacun fait l’effort dans son quotidien de vie personnelle ou professionnelle  de me consacrer un instant, de faire une parenthèse.
… Cette parenthèse fait partie du  sens de la vie.
… Dis-moi,-toi l’homme responsable, la femme responsable, bref, toi, le champignon du « Petit Prince », combien isoles-tu de ton temps dans la journée, pour le mettre au service du non marchand ?... du Vrai…
Au fond, eux aussi sont sur le Camino.  El camino ne nous éloigne pas de ceux que nous aimons ou de ceux qui nous aiment. Il nous rapproche.  El camino se nourrit d’eux et les pas qui m’animent pendant 8 ou 9 heures, sont emplis de leur message, atténuent mes souffrances physiques, et peut être qu’un jour de fin septembre, je pourrai dire :
… «  Nous y sommes arrivés ! »
 El camino, c’est la possibilité d’amener sur le chemin, tous ceux ou celles qui ont empli votre vie, en bien, en mal, ou tous ceux ou celles qui l’emplissent, ou …qui l’empliront...
.. El camino, c’est une suite de lumières rencontrées dans sa vie professionnelle, dans sa vie affective, dans sa vie tout court…que vous redécouvrez ou que vous approfondissez…
… C’est un ami professionnel, qui n’imagine même pas que vous pensez à lui, …c’est un regard que vous avez croisé et qui revit, insatisfait, c’est un regard que vous avez comblé mais qui s’est confronté à …l’interdit…alors !... vous avez joué avec l’interdit… mais vous vous êtes éloigné…
…El camino est un miroir ou défilent les visages-lumières de ceux  ou celles qui…
… vous ont donné la paix, l’envie, le désir, comblé ou non,
  l’amitié, au-delà  des  divers vicissitudes conflictuelles des rapports humains ou professionnels…
  El camino, une thérapie ?
… El camino, une suite de séquences, …comme le reste de la vie…
… un temps de renaissance, de respiration des parfums de tous ceux ou celles qui expriment leur vie, 
… des vignes, des vignes, des vignes, des grains rouges, des grains blancs, des pieds de vigne souvent porteurs de feuilles brulées par le soleil ! que la terre est rose,  brune, ocre, est-ce l’effet de l’argile ?
…me voici à Viana, vers 13H30, et le chemin traverse la petite cité, jumelée au demeurant à La Brède, en Gironde, que de vie populaire dans les rues à l’heure de l’apéritif et que de monuments culturels !
…14h45, il fait chaud, à l’entrée de Logrono, une mamie propose de tamponner le crédencial. C’est un moyen comme un autre de gagner quelques sous. Elle m’offre 3 figues, fort délicieuses et quand je lui demande si elle a des boissons « muy frescas », elle me propose une bière pour 1Euro.Qu’elle est bienvenue cette boisson ! Avec son sourire de vielle mamie pleine de tendresse accumulée dans le temps, elle me souhaite un « buen camino »…
…15H20, j’arrive à l’albergue municipale, bonjour les dortoirs .Je me retrouve avec un lit en hauteur, je demande à changer prétextant un mal au dos. Refus de l’hospitalero. Pourtant 10 minutes plus tard, un garçon sourd et muet viendra, par ses signes (tiens, encore des signes) me signifier que je peux m’installer sur un lit bas…
…8h au total de marche, sur un relief vallonné alternant montées et descentes.
… à force d’être sur le chemin, le chemin  vous isole, il vous recroqueville sur un espace limité et fermé qui définit le sens de votre cheminement… et au fil des pas, vous devenez prisonnier de son aspiration et en quelque sorte de sa…volonté…et non plus de la vôtre…il vous rend dépendant …comme s’il vous disait : « vas au-delà de tes pas pour découvrir l’envie d’aller toujours au-delà, tant que le Destin ne t’enlève pas le dernier souffle de vie…
El camino porte en soi une vie et une identité qui le rendent  maître du destin des pèlerins qui le côtoient…Il porte la trace et la marque de tant de pas d’individus qui cherchaient un sens à tous les signes.
Une autre agapé : “we are the world”
… Au dortoir, je retrouve Pierre le québecois,  dont j’avais perdu les pas. On décide de diner ensemble et sur la plaza mayor, face à la cathédrale, nous commençons par le respect du rituel, 2 bières, 2 « cagnas ». Nous poursuivons par el menu del  peregrino, en terrasse d’un bar restaurant qui sert à partir de 19H, et finalement, nous retrouvons, une multitude de pèlerins venus de Suisse, Azerbaidjan, Pays de Galles, Austria, Pays bas (1700 kms au compteur de marche, pour un couple). Au fil du repas, nous rapprochons nos tables, et finalement la patronne du restaurant nous offre une liqueur. Chacun se lève et levant les verres, Pierre le Canadien entonne « We are the world ». Peu de temps auparavant, sur la place, des jeunes essentiellement, avaient proclamé « we are los indignados » !... Paradoxes…
…21H10, il faut rejoindre les dortoirs, car à 21H 30, la lumière est éteinte…
… les dortoirs, un …parc de promiscuité…où les ronflements, les pets, les rots, les ceci, les cela, rappellent qu’en chacun de nous la matière est omni présente…et que la dépasser ne signifie pas en faire abstraction. Hélas.
… les dortoirs c’est bien une fois parfois… pourtant ils sont nécessaires compte tenu du nombre de marcheurs sur le chemin…
… mais à 62 ans,…

Etape Logrono – Najera, 31 kms, 9H.
… 7H, je quitte le dortoir et profite d’une cafétéria  ouverte pour boire un bon café et déguster un croissant. Ce qui est fabuleux dans ces dortoirs c’est que le matin, tout se fait dans le noir : j’empile dans mon sac n’importe comment, je me lave n’importe comment, je prends mes médicaments n’importe comment, je soigne mon ampoule avec difficulté…
… la journée me fait un peu peur, car les guides du chemin  proposent d’aller jusqu’à Najera, à 31 kms, avec près de 9 H de marche. Je décide de m’enfermer dans ma coquille, de m’isoler dans un certain inconscient, d’oublier,  tout en espérant à nouveau que mon tibia gauche sera indulgent…
…les profils annoncent 22 kms à 1. 5%, en rampe, puis 9.5kms à 2.5% en pente,…
… A Navarette, je retrouve Pierre le Canadien discutant avec une jeune russe, sacré Maître Pierre, me dit porter toute l’exubérance d’un québécois. Il me serre la main et me dit à bientôt,
… Le temps s’écoule, je ne vois pas grand monde, aucun français, et je reste recroquevillé dans ma carapace pour atteindre au bout de 31 kms, Najera. Je ne veux pas aller dans un dortoir et sur le chemin, en ville,  un hôtel m’offre une chambre à 35 Euros.
…il est quasiment 16H, place à la douche, au nettoyage du linge, au pansement des plaies, à une sieste d’une heure 30, les pieds sur élevés. Place à l’isolement, pour réhydrater mon corps et le préparer au lendemain…
Etape Najera – Santo Domingo de la Calzada : 21 kms, 6h, sous la pluie.
…je quitte Najera , à 8h, après avoir déjeuné. Il pleut, je mets le poncho, et l’étape se fait au milieu des vignes sur un chemin argileux où chaque pas alourdit la chaussure, lui collant cette terre lourde, tandis que la pluie ne veut pas s’arrêter : elle n’est pas violente mais continue. Curieusement, je ne vois pas grand monde, sympathise avec une jeune étudiante allemande de Leipzig sur quelques kilomètres.
… je me concentre, m’enferme dans ma bulle, en identifiant chacun des signes que m’envoie mon corps : souffrance du tendon, ampoule sous le pied et parfois douleur aigue dans la fesse gauche.
… il est enfin prés de 14h, et j’arrive à Santo Domingo, je n’irai pas dans un dortoir, je veux pouvoir faire sécher et me reposer.

1 commentaire:

  1. Merci pour ces photos et tes commentaires qui nous font toujours envie ... Oui c'est plus facile de rêver quand les pas sont accomplis par un autre ... Comme tu le dis si bien chaque pas te rapproche du but... Il faudra penser á faire un stop...mais il y a encore tellement d'images á nous faire partager...bonne soirée et merci á notre lectrice préférée qui nous á fait découvrir tes derniers pas !

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